Les candidats-médecins à nouveau filtrés

Le gouvernement de la Communauté française devrait approuver ce vendredi un avant-projet de décret qui réinstaure - dès la rentrée de septembre - un filtre dans les études de médecine et de dentisterie pour répondre aux quotas fédéraux fixés par l'Institut national de maladie-invalidité (Inami).

Vincent Rocour
Les candidats-médecins à nouveau filtrés
©Jean-Luc FLEMAL

Le gouvernement de la Communauté française devrait approuver ce vendredi un avant-projet de décret qui réinstaure - dès la rentrée de septembre - un filtre dans les études de médecine et de dentisterie pour répondre aux quotas fédéraux fixés par l'Institut national de maladie-invalidité (Inami). Le texte, rédigé par la ministre de l'Enseignement supérieur, Marie-Dominique Simonet (CDH), a fait l'objet d'une longue maturation. Il a été discuté avec le partenaire socialiste et de nombreux acteurs concernés, comme les doyens des facultés de médecine ou les étudiants. Il est maintenant prêt.

Le changement avait été annoncé dès la rentrée par Marie-Dominique Simonet lors d'un entretien à «La Libre». Il est confirmé dans le texte. Le principe est simple: les étudiants qui seront autorisés à poursuivre les études de médecine seront sélectionnés au terme de la première année. Il n'y aura pas d'épreuve particulière à passer. Les étudiants seront jugés sur base de leur session d'examens. On accordera cependant une importance particulière aux cours de réflexion globale (épistémologie, anthropologie, etc.) de façon à ne pas trop privilégier les cours scientifiques (chimie, etc.) dans la pondération des points.

Par ailleurs, les étudiants qui ne seront pas retenus au terme de la première année pourront valoriser les cours qu'ils auront réussis lors de leur inscription dans une autre filière d'étude (singulièrement en pharmacie ou en biologie). C'est en quelque sorte un principe de «réorientation douce» qui est appliqué.

Urgence

Ce n'est pas de gaieté de coeur que la décision sera prise. Ni le monde académique, ni le personnel politique de la Communauté française n'approuvent les quotas. Il y a quelques années les quatre partis démocratiques francophones avaient d'ailleurs adopté une résolution qui réclamait leur suppression. Mais ils ne sont pas les maîtres du jeu. Le contingentement des médecins (comme d'ailleurs celui des kinés) est une décision du gouvernement fédéral. Et ce dernier n'a nullement envie de changer d'attitude. Le quota sera certes élargi: de 700 actuellement (420 du côté flamand et 280 du côté francophone), il passera à 833 (500 fl et 333 fr) en 2012. Mais il ne sera pas abrogé. Le ministre des Affaires sociales Rudy Demotte (PS) l'a répété récemment à la Chambre. Comme ses prédécesseurs, il est convaincu qu'il y a trop de médecins en Belgique et que cette pléthore est préjudiciable tant aux revenus per capita des prestataires qu'aux finances de la sécurité sociale.

Or les quotas ont été franchement dépassés (lire encadré). Rudy Demotte a accepté de délivrer des attestations Inami supplémentaires pour ne pas pénaliser les candidats-médecins qui ont déjà réussi leur parcours. Mais il récupérera l'excédent au cours des années prochaines. En clair, les attestations seront délivrées avec une parcimonie accrue à l'avenir. Ce qui tombe mal. A la rentrée 2004, on a constaté une hausse de 30pc des inscriptions dans les facultés francophones de médecine...

Il y avait donc urgence à agir. En 2003, la ministre compétente, Françoise Dupuis (PS), avait abrogé le filtre qui avait été instauré en 1996 à la fin de troisième année d'étude. Elle ne voulait plus cautionner les quotas et prétendait que de toute façon ils ne seraient plus maintenus longtemps. Sa décision avait pour effet de retarder la sélection en 7e année, lorsque les candidats-médecins doivent décrocher leur attestation Inami. Des voix s'étaient alors élevées pour dire que c'était suicidaire, qu'on ne pouvait pas laisser des étudiants faire 7 années d'études sans être certains de pouvoir exercer leur métier. Marie-Dominique Simonet les a entendues.

© La Libre Belgique 2005


Dépassements importants La limitation du nombre de médecins existe depuis 1996. Compétentes en matière d'enseignement, les Communautés ont été bien obligées d'imposer une sélection des diplômés. La Flandre a instauré un examen d'entrée. La Communauté française a tâtonné: elle a d'abord mis un filtre en fin de 3e année, puis elle l'a supprimé et maintenant elle en réinstaure un au terme de la 1ère. Mais quelle que soit la formule, des dépassements importants ont été enregistrés. Rudy Demotte vient d'indiquer que l'année dernière, 494 attestations Inami (au lieu de 420 autorisées) ont été délivrées en Flandre et 303 (au lieu de 280) en Communauté française.