Zaventem: le fédéral en bout de piste

Les deux décisions judiciaires qui sont tombées mardi et qui ont plombé davantage le plan Anciaux (dispersion des vols d'avions de Zaventem) placent dorénavant le fédéral dans une situation délicate. Il a le dos au mur et les pistes de solutions ne sont pas nombreuses. Reynders suggère un retour à la situation d'avant 1999, Landuyt veut que les Régions réduisent leurs normes.

Ph.Law.
Zaventem: le fédéral en bout de piste
©Thierry Rogé

Les deux décisions judiciaires qui sont tombées mardi («LLB» du 15/06) et qui ont plombé davantage le plan Anciaux (dispersion des vols d'avions de Zaventem) placent dorénavant le fédéral dans une situation délicate. Il a le dos au mur et les pistes de solutions ne sont pas nombreuses. Soit il impose des limitations drastiques à Biac (gestionnaire du site), ce qui, dans les grandes lignes, serait de demander un effort supplémentaire (et un geste rapide) aux opérateurs (Virgin Express, DHL, etc.) en matière de renouvellement des flottes, soit il se concerte avec les exécutifs bruxellois et flamand pour trouver un terrain d'entente.

Il pourrait tout aussi bien décider d'en revenir à la situation d'avant 1999 qui prévalait à l'aéroport de Bruxelles-National, et qui contentait pratiquement tout le monde. Avant 1999, les mouvements d'avions sur le tarmac bruxellois se faisaient en fonction du vent, et la nuit, les atterrissages et les décollages avaient lieu sur la piste 20 (la courte piste 02 en sens inverse) et les deux autres parallèles (25 droite et gauche). Cette dernière ne recevait que les atterrissages et la 02 n'était utilisée qu'en tant que piste d'appoint.

De plus, les Bruxellois et les riverains du Noordrand (nord de la capitale) ainsi que ceux de l'Oostrand (est de Bruxelles) avaient leur lot de nuisances et il n'y avait que très peu de plaintes.

Le kern qui s'est réuni mercredi a eu du mal à trancher et a finalement décidé d'une concertation avec les deux Régions (Bruxelles, Flandre). Une réunion est prévue, à cet effet, ce jeudi midi entre les conseillers et experts des différents cabinets. Mais le fédéral est aujourd'hui divisé sur le dossier. Au cabinet de la vice-première ministre Laurette Onkelinx (PS), on reconnaît que la situation est aujourd'hui inextricable. «Ça va mal», lâche-t-on. On mise donc sur la concertation. Le vice-premier Didier Reynders (MR) estime qu'il faut revenir à la situation d'avant 1999, rejoignant ainsi l'analyse de nombre d'acteurs du dossier, dont plusieurs riverains, les médiateurs du site et l'exécutif bruxellois. Pour le ministre de tutelle, Renaat Landuyt (SP.A), il revient aux Régions de revoir à la baisse leurs normes de bruit pour débloquer la situation.

Difficiles négociations en vue

Les négociations s'annoncent donc difficiles, surtout avec la Région de Bruxelles-Capitale. «Nos normes ne mettent pas l'aéroport en difficulté. Avant 1999, aucune infraction à notre arrêté bruit n'a été constatée alors que les limites que le texte impose sont supérieures aux 45 décibels de l'Organisation mondiale de la santé (OMS). C'est le plan Anciaux qu'il faut revoir de fond en comble», dit le porte-parole d'Evelyne Huytebroeck (Ecolo), ministre bruxelloise de l'Environnement. Elle est à l'origine d'une des décisions de mardi. Son action visait à restreindre les survols de Bruxelles, lesquels, selon un cadastre du bruit qu'elle a récemment fait faire, causeraient des nuisances sonores à 300000 Bruxellois. La cour d'appel de Bruxelles lui a donné raison mardi, estimant que le fédéral avait tous les éléments en mains pour décréter la fin du survol de la capitale. La cour a assorti son arrêt d'une astreinte de 25000 euros par infraction, exigible dans trois mois. Le cadastre du bruit bruxellois a été envoyé au cabinet Landuyt, mais les services d'Evelyne Huytebroeck affirment n'avoir même pas reçu un accusé de réception en retour.

La deuxième décision émane du Conseil d'Etat sur une action des riverains du Noordrand. Ceux-ci demandent la fin de l'utilisation intensive de la piste 25 droite le samedi. La haute juridiction leur a donné raison.

© La Libre Belgique 2005