Le Vlaams Belang a sa radio. Illégale?

Depuis le 29 mai dernier, le Vlaams Belang émet, à raison d'une fois par semaine, le dimanche, à 11 heures, un programme de deux heures destiné à ses militants: la radio s'appelle Zwart of wit. Comment la chose est-elle possible alors que les longueurs d'onde sont strictement attribuées? Comment un parti politique tel que le Belang peut-il diffuser sa propagande sans aucun contrôle ?

V.d.W.

Depuis le 29 mai dernier, le Vlaams Belang émet, à raison d'une fois par semaine, le dimanche, à 11 heures, un programme de deux heures destiné à ses militants: la radio s'appelle Zwart of wit. Comment la chose est-elle possible alors que les longueurs d'onde sont strictement attribuées? Comment un parti politique tel que le Belang peut-il diffuser sa propagande sans aucun contrôle?

Sur le plan technique, les nationalistes flamands ont choisi d'émettre en dehors des frontières de la Belgique, sur le réseau DRM (Digital Radio Mondiale). Qu'est-ce que c'est? En Europe, la radio est essentiellement diffusée par voie hertzienne terrestre, en analogique. Trois bandes de fréquence sont utilisées: les ondes longues (entre 153 et 261 kHz), les ondes moyennes (entre 531 et 1602 kHz) et la fréquence modulée (la bande FM, de 87,5 à 108,0 kHz). Depuis quelque temps, la bande FM est saturée: les stations de radio autorisées se partagent difficilement l'étroite bande et l'arrivée de nouveaux émetteurs est plus que problématique et complexe vu le peu de place.

Certains ont donc mis au point un système permettant d'exploiter, avec le même confort d'écoute que celui de la bande FM, les ondes courtes, (AM) existantes, non plus par une diffusion analogique mais bien numérique. Ainsi est né le système DRM (Digital Radio Mondiale) qui permet de diffuser un signal radio numérique sur les actuelles bandes de fréquences utilisées par la modulation d'amplitude (AM).

D'autres utilisent le DAB (Digital audio broadcasting, en français RSN - Radiodiffusion sonore numérique). Ces normes sont déjà utilisées dans les pays où se développe la radio numérique. Certains de nos voisins, comme le Royaume-Uni, ont déjà un marché de la radio numérique qui fonctionne bien. D'autres, comme la France, en sont toujours au stade des expérimentations. En Communauté, on n'en est encore nulle part. En Flandre non plus.

Absence de contrôle

Mais le DRM est un système numérique universel. C'est un système «non propriétaire» en ce sens qu'il n'a pas été développé par un industriel, mais grâce aux efforts conjugués des membres d'un consortium (BBC, Europe 1, RTL, RTRN Russie, Radio Vatican...).

Cette absence de contrôle permet donc au Belang d'émettre en toute liberté, au départ d'un émetteur apparemment situé à l'est de l'Europe, probablement en Russie. Normalement, les programmes numériques ne sont captables que sur un site Internet ou par l'intermédiaire de radios numériques non encore commercialisées.

Son initiateur et animateur n'est autre que Jurgen Verstrepen, une ancienne star d'une radio flamande (Top radio) qui s'est reconverti en politique avec un seul objectif: dépolitiser les médias flamands. Avec quelle autorisation? Aucune apparemment, le Vlaams Commissariaat voor Media, toujours embryonnaire, ne semble pas s'en émouvoir.

En Communauté française, on suit l'évolution du dossier avec intérêt. Le directeur du Conseil supérieur de l'audiovisuel, Jean-François Furnémont, rappelle que l'article 35 du décret francophone impose l'indépendance des éditeurs radios qui ne peuvent être liés, de quelque manière que ce soit à un gouvernement, un parti politique, un syndicat ou une organisation professionnelle. Mais la situation est ici problématique car le signal est envoyé depuis l'étranger...

© La Libre Belgique 2005