La recherche: que du (grand) bonheur...

P.P.

Comme ça se trouve, des chercheurs des Facultés universitaires de Namur pétitionnent ces jours-ci dans la rue sur la nécessité d'investir dans la recherche... Si un volet du «plan Marshall» est attendu, bien que naturellement non palpable à court terme, c'est bien celui-là. La ministre régionalo-communautaire (CDH) Marie-Dominique Simonet dit son «grand bonheur» de voir la recherche s'y tailler une telle part, tant dans ses structures que dans ses montants.

D'abord, ce postulat: «Investir dans la recherche, insiste Mme Simonet, c'est investir dans l'économie. Les pays et régions qui investissent le plus dans la recherche sont ceux qui connaissent le moins de chômage».

Y verra-t-on une conception très, voire trop, «économiste» ou marchande de la recherche? Mais cette tonalité est celle, plus générale, du plan d'actions prioritaires. On rappellera aussi qu'il s'agit ici de la Région et donc de la recherche appliquée, et pas de la Communauté française et donc de la recherche fondamentale, même si la distinction a la vie plus dure dans nos institutions que sur le terrain. Un Marcel Crochet (l'ancien recteur de l'UCL, aujourd'hui expert au cabinet) préfère d'ailleurs parler, à la jointure, de soutien régional à la recherche «orientée». Reste que des recherches, disons, plus désincarnées, qui se prolongent un peu par habitude, risquent de connaître des jours difficiles: «Il faudra progressivement élaguer dans des disciplines dépassées», avertit Jean Séquaris, directeur de cabinet, sans se hasarder à citer des exemples (sauf celui, mais ce doit être par boutade, de la lubrification des paliers mécaniques qui serait à l'étude depuis 1920)...

Quant aux moyens, on arrive donc à 270 millions d'euros sur 4 ans. Dès lors, dès 2006, la Wallonie comblera pour sa part les objectifs de Lisbonne (un financement public en recherche et développement de 1pc du PIB, auquel s'ajoutent les 2pc de contributions privées). Ce sont bien des millions nouveaux (s'ajoutant aux actuels 184 millions annuels de la Région wallonne pour la recherche) et uniquement régionaux (côté Communauté française, la ministre également compétente convient qu'il lui sera difficile de grossir son budget, aujourd'hui de 236 millions en ce compris le quart forfaitaire de la dotation aux universités). Cette dualité persistante ne va pas sans subtilités - ainsi, une ULB, installée hors Région, participera du «plan Marshall» par ses antennes de recherche à Nivelles et Charleroi. Enfin, graphiques à l'appui qui démontrent un ressac du financement de la recherche entre 2001 et 2004, Mme Simonet juge «particulièrement surprenants et indécents» les doutes exprimés par l'ancien ministre MR Serge Kubla sur la portée exacte de la manne dégagée.

Compétitivité, excellence... et énergie

Pour rappel, ces 270 millions seront dédiés d'abord aux pôles de compétitivité à hauteur de 120 millions et aux spin-off/spin-out à raison de 90 millions. Au total, la Région escompte financer l'engagement de 620 chercheurs supplémentaires - soit 500 ouverts généralement dans les universités, entreprises et centres de recherche; et 120 doctorants via les bourses du Fria (fonds associé au FNRS, avec, cette fois, effort financier équivalent de la Communauté française).

Autre précision: si on met le paquet sur les futurs 5 pôles (santé, etc.), on ne néglige pas les plus modestes réseaux d'entreprises en «clusters» (bois, etc.) via les budgets existants. Enfin, si pôles et clusters participent de l'économie d'aujourd'hui, on veut aussi anticiper sur celle de demain. Ce sont les notions (proches) de «pôles d'excellence» et «programmes mobilisateurs» (47,5 millions) dédiés à de la recherche «exploratoire». C'est ici que l'on évoque notamment des nouvelles sources d'énergie. Lesquelles - curieusement en pleine crise pétrolière? - n'occupent que cette demi-ligne du plan.

© La Libre Belgique 2005