Des colonies belges sur six continents

Christian Laporte

La Belgique, nation coloniale? Elle le fut bien davantage qu'on l'imagine généralement! En effet, si notre pays a participé en première ligne à l'aventure congolaise, rwandaise et burundaise, l'on ne sait pas -ou plutôt on ne sait plus... - que du XVesiècle à nos jours, des gens d'ici ont aussi participé à de nombreuses explorations et autres voyages de découverte. Et qu'ils ont laissé des traces tangibles (souvent très positives!) de ces aventures, un peu partout sur la planète bleue.

Patrick Maselis, chef d'entreprise flamand actif dans le secteur de l'alimentation est aussi un passionné de l'histoire postale. Et c'est à partir de son amour pour la philatélie, précurseur et comment de la communication moderne, qu'il a constaté que depuis 1451, des centaines de Belges avaient, à leur manière, marqué l'histoire des colonies.

Précision sémantique: il faut, évidemment, dépasser la définition juridico-constitutionnelle selon laquelle la colonie est «un territoire annexé à l'étranger et placé sous l'administration d'une métropole». Ici, il s'agit aussi d'une «implantation populaire» par un groupe de nationaux qui entend faire prospérer le commerce ou exploiter des terres encore inexplorées. Et, par extension encore, la colonie désigne aussi tous les étrangers de même origine dans une ville ou dans une région. En élargissant de la sorte la définition des colonies, on peut franchement présenter la Belgique, contemporaine mais aussi celle de la Renaissance à la révolution de 1830 comme une nation coloniale.

Les Acores, îles flamandes

Maselis a retracé l'épopée de ces aventuriers en les resituant chaque fois dans le contexte de leur époque. Sa démarche ne laisse guère de place au doute: n'en déplaise à Pater Bates et autre Adam Hochschild qui ont cru devoir condamner la politique internationale de Léopold II, il ne faut pas uniquement lire l'aventure coloniale de manière négative; et encore moins s'arrêter à certaines analyses idéologiquement marquées: comme n'importe où sur cette basse terre, des hommes de chez nous ont voulu améliorer leur quotidien en tentant leur chance souvent bien au-delà des mers et cela s'est traduit par des réalisations très concrètes comme par des échecs. Sans oublier un certain appétit de pouvoir. Mais globalement, les «colons» de chez nous ont laissé des traces plutôt positives. Il faut croire que la réputation de bons travailleurs des Flamands avait fait mouche en hauts-lieux portugais puisque Henri le Navigateur fit appel à eux pour participer à la découverte des Açores en 1451. Mieux, sur les plus anciennes cartes, l'on parlait des Îles flamandes! Une manière de récompenser ceux qui en cinq ans avaient pu faire de terres boisées de bons espaces agricoles et qui avaient noms, entre autres, de Jacob van Brugge, Willem van der Haegen ou encore Joos van Huertere.

L'on ne s'arrêta pas en si bon chemin puisque les îles Canaries allaient elle aussi connaître une Nation flamande, un bon siècle plus tard. Avec un rare souci du détail, Maselis a ainsi raconté aussi la participation belge à la découverte de ce qui serait New York mais aussi l'aventure de la Compagnie d'Ostende et de la Compagnie asiatique parties à la découverte de l'Inde et de Tristan de Cunha. Mais c'est surtout sous la Belgique actuelle, que l'on vit partir de plus en plus de nos concitoyens vers des terres encore inconnues. Il faut dire que Léopold Ier avait déjà eu des rêves expansionnistes et l'on ne fera l'outrage à son successeur que de rappeler que sous notre deuxième Roi, les desseins coloniaux émergèrent comme champignons à la rosée. Cela donne un ouvrage passionnant, largement illustré qui se double d'une mine d'or pour les passionnés de philatélie.

Note: «Des Açores à la Nouvelle-Zélande. Toutes les colonies belges sur les six continents (1451-1916)»; Roularta Books, 419 pp.

© La Libre Belgique 2006