«Ça fait mal, mais je dois dire non!»

Le ministre VLD de l'Intérieur défend sa politique «stricte» en matière d'asile. «Je refuse de récompenser ceux qui ont organisé leur illégalité». Il dénonce une certaine naïveté, voire l'hypocrisie, de certains comités de soutien.

ANNICK HOVINE et FRANCIS VAN de WOESTYNE
«Ça fait mal, mais je dois dire non!»
©TANGUY JOCKMANS

ENTRETIEN

Vice-Premier VLD au gouvernement fédéral, Patrick Dewael est aussi ministre de l'Intérieur. Accusé d'être inflexible.

En matière d'asile, vous passez pour un ministre dur et répressif.

Ce n'est pas mon caractère, mais je dois être strict: je dois dire non à des gens qui sont parmi les plus défavorisés du monde. Ça fait mal, mais je ne peux pas faire autrement. Les parlementaires qui vont soutenir les sans-papiers de l'église Saint-Boniface et affirment devant les caméras qu'ils sont solidaires me disent dans les couloirs de la rue de la Loi que j'ai un métier épouvantable. Ce n'est pas moi qui décide d'ouvrir la porte comme ceci ou comme cela. Je ne suis pas Dieu le Père qui décrète qui peut rentrer ou pas: ce n'est pas comme ça que fonctionne un Etat de droit. Je veux qu'on applique la Convention de Genève correctement et même avec une certaine générosité. Mais je refuse de récompenser l'illégalité: ce serait aussi jouer la carte des trafiquants et des exploiteurs.

Aider les clandestins en leur proposant le gîte et le couvert, est-ce un délit?

Ce n'est pas moi, mais la loi de 1980, qui n'a jamais été critiquée dans ses dispositions fondamentales, qui indique qu'aider des illégaux est un délit. En 1998, le Parlement a voté expressément des exceptions quand cette aide se fait pour des raisons humanitaires, ce qui est bien normal.

Pourquoi jouez-vous alors au grand méchant loup en brandissant cet article de loi?

Parce que de plus en plus, il y a une interprétation erronée de la part de gens qui ont de bonnes intentions au départ. Certains estiment qu'il faut que tous les illégaux obtiennent des papiers. Ils font alors des amalgames entre les illégaux: ceux à qui on a refusé l'asile et qui sont devenus clandestins; ceux qui n'ont jamais demandé l'asile...

Mais ces citoyens ne sont-ils pas de bonne foi?

Dans toutes ces bonnes volontés, je découvre tout de même une sorte de naïveté et, de temps en temps, de l'hypocrisie. Les comités de défense comprennent bien qu'on ne peut pas accueillir tout le monde mais demandent une exception pour «leur» illégal, celui qui a un visage, qui habite leur village, dont ils connaissent les enfants... Pour avoir une bonne conscience comme ministre de l'Intérieur, on doit appliquer la loi de la même façon dans tous les cas. On ne peut pas dire oui à ceux qui ont été créatifs dans l'organisation de leur illégalité. C'est une question d'équité. Je serais tout à fait injuste vis-à-vis de tous ceux qui n'ont pas obtenu l'asile et qui sont partis en recevant leur ordre de quitter le territoire.

Les illégaux n'auraient donc qu'à s'en prendre à eux-mêmes?

Là, je veux être très clair. On nous parle toujours de procédures qui traînent pendant 5, 6 ou 7 ans! Les citoyens croient que c'est la lenteur de la procédure qui plonge des milliers de gens dans l'illégalité. Dans beaucoup de cas, ce sont les gens eux-mêmes qui ont organisé leur illégalité. Ils sont effectivement arrivés il y a plusieurs années en Belgique, ont demandé l'asile et ont été déboutés. Mais ils ne sont pas retournés chez eux. Ils sont restés et ont plongé dans la clandestinité. Au hasard d'un contrôle de police, ils ont reçu un nouvel ordre de quitter le territoire, ne sont pas partis et sont retournés dans l'illégalité. C'est ça la réalité! Et on vient alors me dire qu'ils sont ici depuis 5 ou 6 ans, qu'ils sont bien intégrés et que ce n'est plus humain de les expulser.

Dans l'immense arriéré des instances d'asile (plus de 20.000 dossiers), il y a tout de même des cas de trop longue procédure, non?

Quand j'analyse les dossiers, c'est rare. J'ai toujours dit que je régulariserais les personnes dont l'illégalité est due aux retards de l'autorité publique et qui sont restées dans notre pays, de bonne foi, dans l'attente d'une réponse à leur demande d'asile. Je suis le premier à dire que c'est inhumain. Mais je refuse de récompenser l'illégalité organisée, qui existera toujours. Même la nouvelle procédure, où les nouveaux dossiers devront être traités dans un délai strict d'un an, ne résoudra pas le problème. On aura toujours un problème d'illégaux.

© La Libre Belgique 2006