Exportations d'armes: 1pc du total

C'est la première année civile complète d'obédience régionale sur ce secteur toujours ultra-sensible, à la lisière des soucis éthiques et économiques. En 2004, 618 licences d'exportations d'armes et munitions ont été approuvées en Région wallonne, soit 389 à destination du secteur public et 229 d'acheteurs privés.

Paul Piret

C'est la première année civile complète d'obédience régionale sur ce secteur toujours ultra-sensible, à la lisière des soucis éthiques et économiques. En 2004, 618 licences d'exportations d'armes et munitions ont été approuvées en Région wallonne, soit 389 à destination du secteur public et 229 d'acheteurs privés. Elles pèsent une valeur de 413,114 millions d'euros, indique le rapport remis au Parlement wallon, ainsi que la loi l'impose, aux gouvernements régionaux (en épinglé). S'ajoutent 7 licences visant la capacité de production à usage militaire, pour 19 millions. Seulement 6 licences, pour 5 millions, ont été refusées. Mais on fait état, dans le secteur, d'une «autocensure» croissante des exportateurs, qui ne rentrent leurs demandes qu'après les avoir testées de manière plus informelle - les psychodrames népalais et tanzanien n'inclinent évidemment pas à rentrer des dossiers légers...

Un octroi de licence ne se traduit pas forcément en exportation effective - en tout cas, sur le même exercice considéré. Ici, c'est à une estimation que dit se livrer le rapport. Les exportations wallonnes en armement atteignent selon lui quelque 313 millions en 2004, soit un peu plus de 1pc du total des exportations wallonnes cette année-là.

Décrue plutôt que laxisme

Diverses questions se posent, auxquelles ledit rapport ne se risque pas. Il faut dire que la régionalisation abruptement décidée courant 2003 et les modifications légales intervenues juste auparavant rendent les comparaisons aléatoires. Allons-y tout de même.

D'abord, le secteur est-il en croissance en Wallonie? Pas

a priori. En effet, en passant sur 2003, on fit état naguère de licences wallonnes pesant 680 millions d'euros en 2002 (pour 726 octrois), 541 millions en 2001 (709 octrois) et 487 millions en 2000 (685 octrois). Toujours plus que les 413 millions susdits pour 2004.

Ensuite, la régionalisation a-t-elle joué dans un sens (plus laxiste) ou dans l'autre (plus restrictif) dans la politique d'octrois de licence? A priori aussi, et contrairement aux risques mis en avant lors de la réforme institutionnelle, les chiffres qui précèdent tendraient à démontrer que la régionalisation n'a pas conduit au laisser-aller, bien au contraire. Encore faut-il rester prudent: les réalités du marché peuvent fluctuer d'une année à l'autre, et ses opportunités ou ressacs ne dépendent pas du niveau de pouvoir impliqué.

Enfin, comment les parts de marché entre Flandre et Wallonie évoluent-elles? Aux difficultés de méthode déjà dites s'en ajoute une autre: les périodes de référence diffèrent entre nord et sud. Reste que les chiffres anciens, encore «unitaires», tablaient sur des octrois de licences en Flandre à hauteur de 290 millions d'euros en 2000, 307 millions en 2001, 457 millions en 2002. Depuis la régionalisation, la Flandre a affiché pour la première année effective (d'août 2003 à août 2004) un total de 492 millions; les derniers rapports font état de 140 millions pour les 4 derniers mois de 2004 et 132 millions pour les 6 premiers mois de 2005. Autrement dit, 1° la croissance a été importante et rapide en Flandre, mais marquerait le pas plus récemment; 2° le «retard» sur le sud n'a cessé de se réduire jusqu'à être comblé puisque, pour la première fois, en 2004, en chiffres absolus, le secteur paraît avoir été plus important en Flandre qu'en Wallonie.

C'est dire si les clichés du «bon Flamand pacifiste» versus «le mauvais Wallon marchand d'armes» n'ont plus aucun sens, s'ils en ont jamais eu. Alors même qu'une partie de la production flamande, parce que plus sophistiquée, risque d'échapper aux contraintes et catégorisations des armes classiques. Au fait, on imagine d'ici les discours anti-wallons auxquels n'aurait pas manqué de se livrer certaine intelligentsia flamande, si la presse isostatique controversée d'Epsi à destination de l'Iran avait été produite à Herstal plutôt qu'à Tamise...

© La Libre Belgique 2006