3 QUESTIONS À Mgr ALOYS JOUSTEN

(P.P.)

On sent croître un malaise, dans l'institution ecclésiale, face à la répétition d'occupations par des sans-papiers...

Oui, parce que s'il ne s'agit pas là d'un mouvement orchestré, cela y ressemble: les occupations ne sont pas spontanées mais organisées; on veut «mettre le paquet» et occuper un maximum d'églises pour adresser des signes clairs aux autorités politiques.

En dépit de ce risque d'instrumentalisation, le recours aux occupations n'est-il pas inhérent à la vocation des lieux de culte et des paroisses, voire flatteur pour leur capacité d'accueil?

Sans doute, mais le sens original de l'asile ecclésial est ici dépassé. Historiquement, l'église était le lieu de refuge de gens véritablement poursuivis, en danger de mort. Ce n'est bien sûr plus le cas, nous sommes dans un Etat de droit; il serait bon d'y réfléchir. Les intéressés pourraient d'ailleurs occuper des lieux d'autres cultes, voire d'autres lieux. Pourquoi pas des maisons de la laïcité, conçues sur des bases assez semblables? Il faut reconnaître aussi que, pratiquement, les lieux de culte ne sont pas adaptés, notamment pour des raisons d'hygiène. Mais que pouvons-nous faire? Nous sommes mains liées...

Ces réticences relèveraient-elles, pour une part, d'une désolidarisation des actions?

On ne peut pas accueillir tout le monde. Mais comme je l'ai déjà dit à propos de Vottem, l'existence des centres fermés et la lenteur dans l'examen des requêtes traduisent un manque de respect profond à l'égard d'hommes, de femmes, d'enfants. La manière dont on traite des gens et des dossiers est indécente et scandaleuse, indigne de la Belgique. Il est inhumain et injuste de faire attendre des demandeurs pendant des années, ou d'enfermer des familles dont les enfants ont grandi chez nous. Les ministres se sont engagés à ce que le traitement des demandes d'asile soit désormais limité à un an; ce sera déjà plus clair.

© La Libre Belgique 2006