L'itinéraire des meurtriers

Le portrait de M.O., arrêté dans le cadre du meurtre de Joe Van Holsbeeck, se précise. Son arrestation a suscité la consternation dans la communauté polonaise et l'incrédulité de ses voisins saint-gillois. A.G., son complice et présumé meurtrier, est toujours en fuite, probablement en Pologne. Editorial: Chacun devra s'engager Un élève pas très ordinaire Un soulagement mêlé d'amertume Plus de policiers, plus de caméras... Les résultats complets du sondage

L'itinéraire des meurtriers
©Bauweraerts
Roland Planchar

La police fédérale et le parquet ont officiellement confirmé mardi matin l'arrestation d'un suspect pour le meurtre de Joe Van Holsbeeck (relatée dans certaines de nos éditions du même jour). On en a appris davantage à cette occasion, parfois aussi par des canaux moins officiels.

M.O., en séjour illégal

Si des déclarations contradictoires existent à ce sujet, c'est sur la base des images recueillies après le meurtre de Joe par des caméras de surveillance que M.O., un jeune Polonais de 16 ans et demi qui réside (en séjour illégal) avec sa famille à Saint-Gilles (Bruxelles), a été reconnu par un membre du corps enseignant.

M.O. ainsi que celui qui a frappé Joe (et tenait en tout cas le couteau, sans doute de type Opinel) se sont enfuis après le meurtre vers la place Saint-Jean, via la rue Duquesnoy puis vers la Bourse.

Cafetiers attentifs

Où deux cafetiers ont, selon une information moins officielle que la police ne confirme pas, observé leur fuite et s'en sont souvenus lors de la diffusion par les médias des images filmées à la Gare centrale. Avec le remarquable travail de la police des chemins de fer (et métro; lire page précédente), cet élément a attiré l'attention sur les images enregistrées dans la station de prémétro de la Bourse, où les caméras de surveillance, modernes, ont une bonne définition.

Ce sont ces images qui ont pu être montrées lundi, avec le résultat que l'on sait, à des directions d'école (LLB 22 et 24/04) dont celle de l'athénée royal Leonardo Da Vinci d'Anderlecht, où M.O. était étudiant (lire par ailleurs). Elles devaient également être diffusées dans les médias, mais ne le seront pas car l'un des auteurs au moins, M.O., est mineur, ce qui interdit qu'on rende son identification publique possible.

Toujours est-il qu'on voit bien les auteurs sur ces films de la station, et notamment le meurtrier (qui ne semble pas du tout conscient de la présence de la caméra), de face. On voit également que M.O. a enlevé son survêtement «Nike», trop reconnaissable, pour le rouler autour de lui, laissant apparaître un tee-shirt barré d'une ligne horizontale noire.

Rôle minimal?

Voilà donc ce qui a amené les enquêteurs lundi vers 16h30 à l'athénée Da Vinci. Où ils ont interpellé M.O. Il n'a guère fait de difficultés pour passer aux aveux, s'est même montré très collaborant, mais s'est bien entendu attribué un rôle minimal lors de ses auditions par l'inspecteur Lemoine et la juge Jaspis.

«Mais on sait qu'il peut mentir», nous disait un policier en rappelant qu'il faut, pour établir vraiment les responsabilités, attendre l'arrestation du meurtrier présumé qui, lui, est en fuite, et une éventuelle reconstitution.

L'avocat de M.O., Me Juan Verlinden, a pour sa part dépeint un jeune homme «fort, fort abattu» qui n'était sous l'emprise ni de l'alcool, ni de la drogue lors des faits mais qui n'aurait qu'un souvenir assez «confus» du drame.

A.G. recherché en Pologne

Mais que sait-on du présumé meurtrier? L'enquête montre qu'il s'appelle A.G. et qu'il a rencontré la famille de M.O. lorsqu'ils étaient, disons, voisins rue Crickx (tous ont ensuite déménagé, tout en restant à Saint-Gilles). A.G., qui serait plus âgé que M.O. sans qu'on sache s'il est mineur ou non, a d'abord fait la connaissance du frère aîné de M.O.

Ensemble, ils ont subi les foudres de la justice (de l'enfance) pour des vols (voiture, en rue; PlayStation, dans un Cora). Il rencontra ensuite M.O. lui-même.

Glenn Audenaert, le patron du SJA de Bruxelles, a refusé sèchement de confirmer mardi soir ces informations-là. Nous devons pourtant les considérer comme exactes.

Bref, A.G., un Polonais d'origine tzigane, serait en fuite en Pologne, où il est d'ores et déjà activement recherché, après que son signalement y eut été diffusé, mardi.

Plus tôt dans la journée, M. Audenaert avait ainsi répondu à la question de savoir s'il pensait qu'on attraperait le meurtrier: «Pour le trouver, ça on va le trouver!» Il se disait alors extrêmement satisfait de la collaboration avec les autorités polonaises. On peut donc penser qu'A.G. sera effectivement arrêté.

Reste que son parcours est difficile à reconstituer. Il n'aurait pas été scolarisé en Pologne, mais peut-être pas vraiment non plus en Belgique où il n'est pas sûr qu'il habitait «à temps plein».

Il semble qu'il ait pu circuler à plusieurs reprises entre les deux pays. Pour écouler là ce qu'il volait ici (comme des lecteurs MP 3, des GSM, etc.)? C'est envisagé. On serait alors en face d'une criminalité plus organisée que prévu.

© La Libre Belgique 2006

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