Un soulagement mêlé d'amertume

C'est quand même triste d'arriver à en être soulagé qu'ils s'agissent de deux jeunes Polonais», lâche le député bruxellois Rachid Madrane (PS). En une phrase, il résume le sentiment qui prévalait mardi au sein de la communauté belge d'origine maghrébine, mais aussi probablement le soulagement d'une classe politique belge qui craignait des tensions ethniques.

R.C.

C'est quand même triste d'arriver à en être soulagé qu'ils s'agissent de deux jeunes Polonais», lâche le député bruxellois Rachid Madrane (PS). En une phrase, il résume le sentiment qui prévalait mardi au sein de la communauté belge d'origine maghrébine, mais aussi probablement le soulagement d'une classe politique belge qui craignait des tensions ethniques.

«Il ne faut jamais stigmatiser», soulignait ainsi le ministre de l'Intérieur, Patrick Dewael (VLD). Pour la ministre de la Justice, Laurette Onkelinx (PS), ceux qui s'en sont pris à la communauté maghrébine «vont être maintenant devant leur conscience». L'Exécutif des musulmans de Belgique hésitait quant à lui entre soulagement et colère après l'annonce de la nouvelle. Son président, Coskun Bergazgül, suggérant beaucoup plus de prudence à l'avenir.

Qualificatif

A l'origine de ce que d'aucuns ont qualifié de stigmatisation d'une communauté : les qualificatifs bien involontaires de la police et du parquet qui, au lendemain du meurtre, évoquaient des suspects de type nord-africain. Mais aussi, les propos incendiaires tenus par certains élus politiques pointant du doigt une communauté comme principale responsable de la délinquance et de l'insécurité ambiante. «D'abord, n'oublions pas que nous avons à faire à un crime crapuleux que rien ne saurait justifier et pour lequel l'identité importe peu. Cela dit, l'identité des meurtriers n'enlève rien au problème de l'insécurité urbaine. Il ne faut pas verser dans l'angélisme, il y a des bandes de mômes d'origine immigrée qui commettent des crimes et des délits qui doivent être sanctionnés sérieusement», note Rachid Madrane. «Mais, s'il y a des faits objectifs pour entretenir cette impression qu'il s'agit souvent de jeunes allochtones, ces mêmes jeunes n'ont aussi pratiquement aucun référent positif. Ils sont plus souvent victimes de décrochage scolaire, de discrimination à l'embauche, d'un manque de considération de la société. Les médias aussi contribuent à leur détestable réputation. Or, force est de constater qu'on ne fait pas grand-chose pour prévenir cette situation. Pourquoi, par exemple, il n'y a pratiquement aucune diversité dans les services de sécurité de la SNCB ou de la Stib, comme c'est le cas à Paris?»

Et de souligner que les parents de ces jeunes ne demandent pas mieux que d'avoir de l'aide mais qu'ils sont souvent abandonnés. «Je crois pourtant que les parents sont très conscients des dangers de cette «déglingue», la présence de nombreuses personnes d'origine immigrée lors de la marche silencieuse l'a bien montré.» Pour mémoire, lors de la marche, les Marocains de Bruxelles n'avaient pas contesté l'appartenance à leur communauté des deux fuyards dont, de toute façon, on ne savait rien. Mais ils avaient appelé à ne pas faire l'amalgame entre l'immense majorité des Marocains et des «brebis galeuses».

© La Libre Belgique 2006

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