Un Belge du DHKP-C arrêté nuitamment aux Pays-Bas

Le dossier DHKP-C, du nom turc du «Parti et front révolutionnaire» d'extrême gauche «Devrimci Halk Kurtulus Partis-Cephesi», rebondit entre Belgique et Pays-Bas. On a, en effet, appris ce week-end que Bahar Kimyongur a été arrêté dans la nuit de jeudi à vendredi, alors qu'il venait de quitter le territoire belge. Et d'une manière qui interpelle.

Roland Planchar

Le dossier DHKP-C, du nom turc du «Parti et front révolutionnaire» d'extrême gauche «Devrimci Halk Kurtulus Partis-Cephesi», rebondit entre Belgique et Pays-Bas. On a, en effet, appris ce week-end que Bahar Kimyongur a été arrêté dans la nuit de jeudi à vendredi, alors qu'il venait de quitter le territoire belge. Et d'une manière qui interpelle.

Condamné par le tribunal correctionnel de Bruxelles, en même temps que Fehriye Erdal, le 28 février dernier pour appartenance à un groupe terroriste, il a écopé de 4 ans de prison et d'une amende d'environ 2 500 euros (en tant qu'un des responsables du «bureau d'information» du DHKP-C de Bruxelles, parti lui aussi reconnu terroriste). Il est de surcroît sous le coup d'un mandat d'arrêt international émis par la Turquie et signifié le 6 avril dernier aux autorités belges. Qui n'ont, semble-t-il, pas signalé son existence à l'intéressé, comme cela peut se faire dans le cadre des droits de la défense (le mandat relève l'appartenance à un mouvement terroriste, une menace contre l'Etat turc ainsi que, de façon moins claire, des mauvais traitements). Kimyongur, qui estimait en février n'être «qu'un lointain sympathisant du DHKP-C qui essaie de faire connaître la situation en Turquie», est en tout cas né en Belgique (il fut diplômé en histoire de l'art à l'ULB en 1996), est belge et ne peut donc être extradé.

Le hasard seul?

Sauf que l'opération qui s'est achevée vendredi à 1 heure du matin fait penser, dans la mouvance d'extrême gauche, qu'un genre d'«extradition» a malgré tout été opéré. Selon cette explication, il est, en effet, étonnant que Kimyongur, qui se rendait à une présentation de musique turque le vendredi aux Pays-Bas, ait été suivi sur deux dizaines de kilomètres en Belgique -par la Sûreté de l'Etat avance-t-on dans ce milieu- avant d'être arrêté ensuite en terre batave. L'étonnement vient, à cette aune, de ce qu'il lui fut signalé que le contrôle routier découlait d'un excès de vitesse, par deux agents en civil patrouillant dans un véhicule banalisé, à cette heure tardive.

Ce serait donc en consultant leur fichier central, presque par un hasard de circulation routière, que les Néerlandais auraient découvert que Kimyongur était sous mandat international turc. Et qu'ils l'ont privé de liberté. La justice a examiné dès lundi soir la validité du mandat d'arrêt et l'a confirmé. Mais un délai de 40 jours est nécessaire pour entériner vraiment cette décision.

Toujours est-il que, dessein secret réalisé ou véritable hasard, la Belgique pourrait être débarrassée de facto de cette autre «patate chaude» qu'était pour elle Bahar Kimyongur, comme Fehriye Erdal avant lui. C'est que leur présence à Bruxelles poussait la Turquie à exercer des pressions sur les Belges pour qu'ils les livrent ce qui, réalisé officiellement, aurait pu susciter une levée de boucliers avec la gauche belge pour cible principale.

Une autre conséquence probable est que l'intéressé sera privé de son second procès. Avec quatre autres condamnés de février ainsi qu'avec l'Etat turc (en tant que partie civile), il avait interjeté appel de sa condamnation, le procès débutant en théorie le 8 mai prochain. Or, il paraît a priori peu vraisemblable -on verra ce que la réalité sera- que les Pays-Bas «prêtent» ce Belge aux Belges en espérant le voir revenir chez eux par la suite. Pays-Bas qui, eux, ont moins d'arguments à opposer aux Turcs pour refuser une éventuelle extradition, surtout depuis que la peine de mort n'est plus à l'ordre du jour à Ankara.

Voilà donc que de nouvelles vagues risquent de toucher le monde politique. Lundi déjà, des sympathisants du DHKP-C ont manifesté devant les locaux de l'ambassade des Pays-Bas, à Auderghem. Dans l'espoir d'obtenir que leur ami ou complice -selon l'angle où on voit les choses, puisque le DHKP-C a tué plusieurs fois en Turquie- ne soit pas extradé.

«Il n'a pas commis de fait délictueux», a déclaré lundi Danil Flinker, organisateur de la manifestation.

© La Libre Belgique 2006