La tornade ICDI

Un nouveau scandale politico-financier touche la région de Charleroi. Cette fois, c'est la gestion de l'intercommunale des déchets qui pose questions. L'échevin PS marcinellois Lucien Cariat est singulièrement épinglé.

Philippe Mac Kay
La tornade ICDI
©BELGA

On pensait Charleroi sortie du tunnel des «affaires» comme on dit encore avec un reste de pudeur. Il semble bien que cela ne doive pas être le cas. Mercredi soir, la RTBF, dans son magazine de reportages «Questions à la Une», a posé une série de questions sur le fonctionnement de l'ICDI, l'Intercommunale de collecte et de destruction des immondices dans la région de Charleroi. Mais surtout, c'est la personne de son président Lucien Cariat qui a été visée. Un président en place depuis trente ans, dans une intercommunale (évidemment) gérée de manière majoritairement socialiste et dont tout le comité de gestion est tout aussi monocolore.

Des voitures...

Elu communal, Lucien Cariat a été désigné à l'ICDI comme administrateur, puis comme président du conseil. Via un conseil d'administration à sa botte, il s'en est fait nommer directeur général, une fonction de direction pour laquelle il s'est aussitôt mis en congé. Que lui reproche-t-on aujourd'hui? Ce qu'on pourrait appeler des abus de pouvoir. Ainsi, sa proche famille a été engagée: son fils et sa belle-fille, dont il dit qu'ils occupent les fonctions de leur compétence. Et les voitures? Le plus souvent nombreuses et luxueuses, et pas toujours appropriées: ainsi de cette limousine mise à la disposition de l'avocat de l'ICDI, ou de cette autre, qu'un conseiller communal d'alors, devenu échevin, a utilisée selon ses nécessités.

... et des travaux

Mais l'essentiel se sera trouvé dans l'utilisation de certains fonds de l'ICDI. L'intercommunale vit des cotisations des treize communes affiliées du «grand Charleroi». Elle collecte et recycle, via divers sites: un incinérateur à Aiseau-Presles, un centre de tri à Montignies-sur-Sambre pour les conserves et les plastiques; ou encore les ramassages sélectifs, pour les cartons et les verres. C'est cela, le travail essentiel. Le problème, c'est ce que le reportage de la RTBF a révélé: l'ICDI n'a-t-elle pas versé dans le sponsoring à outrance? Ainsi de ce bâtiment, propriété de l'ICDI à Jumet, et qui a fait l'objet de travaux à hauteur de 800 000 euros. Il semble bien que les aménagements ainsi effectués n'aient que de très lointains rapports avec les immondices, avec une salle d'entraînement sportif. Or, l'ICDI est le sponsor du club de foot en salle «Action 21 », qui a obtenu d'excellents résultats dans la compétition. Autre hasard: la société qui a pris part pour un tiers dans ces travaux de rénovation est aussi celle que dirige le président du club «Action 21 », dont Lucien Cariat est le président d'honneur. Et l'ASBL locataire des lieux a parmi ses administrateurs le même Cariat et le même président.

A retenir aussi une villa de 200 000 € achetée à Loverval à un vice-président du tribunal de Charleroi. Lucien Cariat y voyait un «Centre d'étude de la nature». Trois ans plus tard, la villa restée vide était dans un état tel que le bourgmestre de Gerpinnes Roland Marchal, vice-président de l'ICDI, l'a estimée insalubre. On l'a démolie pour 40 000 euros au début de cette semaine.

Et le «Foyer marcinellois»? Lucien Cariat le préside également. Son fils y a vécu et on a évoqué des travaux effectués dans l'appartement social qu'il occupait. Cariat a affirmé que ces travaux avaient été payés, sans en fournir une preuve véritable. A quoi viennent s'ajouter les griefs qui évoquent une forme de système: les priorités dans l'attribution des logements selon des critères curieux et partisans. Cariat les réfute. Sans pouvoir expliquer pourquoi, avec des revenus qui n'ont rien de social, certains joueurs du club «Action 21 » ont eu eux aussi droit à des logements sociaux. Système, encore?

© La Libre Belgique 2006


Plus jamais ça... Philippe Courard, le ministre wallon (PS) de tutelle des intercommunales, l'a promis-juré jeudi, en commission parlementaire: les anomalies voire les fraudes dans le genre de celles qui seraient familières à l'ICDI seront théoriquement exclues, une fois effective la réforme en gestation. Pour rappel, celle-ci est double. Il y a le volet quantitatif, qui revient à diminuer de moitié le nombre des intercommunales. Conséquence politique directe: 61 pc des mandats à la trappe, soit 2 145 sur un total actuel de 3 570. Mais réduire n'est pas tout. Au contraire, la diminution pourrait avoir des effets contre-productifs, voire pervers, si elle revient à renforcer dans l'opacité les pouvoirs d'intercommunales qui s'en trouveront encore plus puissantes. D'où, comme cela vient de se passer pour les sociétés de logement social (qui n'avaient, dans un premier temps, qu'été fusionnées), la nécessité d'ajouter un volet qualitatif. Ses principes ont été acquis en gouvernement le 9 mars dernier; un avant-projet de décret est en cours d'examen au Conseil d'Etat. Ce qui est prévu - le tout bien sûr à suivre, confirmer, préciser et éprouver? - Participation: créer un service de médiation spécifique et unique pour l'ensemble des intercommunales; établir une charte de l'utilisateur; développer par organisme un site Internet qui informe et rende service. - Transparence: flanquer les comptes annuels de la liste des adjudicataires de marchés de travaux, fournitures et services; établir pour 6 ans un plan d'indicateurs et d'objectifs à débattre dans les conseils communaux et à évaluer chaque année en assemblée générale. - Mandats: composer tous les organes de gestion à la proportionnelle; fournir formation et/ou information aux gestionnaires et aux administrateurs; élaborer un règlement d'ordre intérieur reprenant des règles de déontologie et d'éthique (de manière notamment à éviter le népotisme); baliser les rémunérations et avantages de toutes natures... - Gestion: mettre en place par intercommunale un comité de rémunérations et un collège de contrôle externe (composé d'un représentant de la Cour des comptes et de deux réviseurs)... © La Libre Belgique 2006