De «l'Ultra Rapide» à «City Nord»

Philippe Mac Kay

Jean-Claude Van Cauwenberghe l'y avait porté : Robert Wagner, en démissionnant de la présidence du BSCA (Aéroport de Charleroi) a tourné une page de son histoire commune avec Charleroi. Ç'avait été une forme de timide mise en lumière pour quelqu'un qui s'en était montré avare au fil de sa mue, du patron d'une firme de transports au promoteur immobilier familial et avisé.

En juillet dernier, le tribunal de commerce de Charleroi avait prononcé la faillite de la SA Ultra Rapide Wagner frères, basée dans l'aéropôle de Gosselies, dernier acte des activités de transporteur de Robert Wagner. «Ultra Rapide» avait depuis près de trois ans pour actionnaire majoritaire la société hollandaise De Rooy. Elle avait occupé jusqu'à 180 camions, en assurant 80 pc des transports de sa voisine, Caterpillar. Les effectifs avaient été réduits, comme l'intérêt apparemment porté par Wagner à ce qui avait été son fleuron. Elle ne comptait plus que dix camions qui appartenaient tout comme le bâtiment au groupe Wagner, avec De Rooy pour locataire. Signe des temps: le jour de la faillite, quand les derniers camions sont partis, ils étaient conduits par des chauffeurs polonais, à destination des Pays-Bas.

Robert Wagner a depuis des années modifié ses orientations financières, pour se tourner vers l'immobilier, plus rentable. Au début des années 90, Igretec a en projet l'aménagement de plus de 100 hectares de terrains voisins de l'aéroport de Charleroi. Robert Wagner en rachète une partie et il installe sa firme de transports à la rue Jean Mermoz, dans ce site bientôt futuriste. De nombreux terrains achetés par Robert Wagner seront cédés à d'autres firmes. C'est un versant de la vocation immobilière familiale. L'autre, plus immédiatement proche du grand public, c'est «City Nord», le long de la Nationale 5 et à deux pas (encore) de Caterpillar. Petit à petit, de rachat en rachat, Robert Wagner rassemble de quoi bâtir un complexe commercial début des années 90: plusieurs dizaines d'enseignes commerciales y poussent comme des champignons.

Dans l'intervalle, il est passé à la vitesse supérieure. La gestion des bâtiments construits sur le site de l'aéropôle ou de ceux de «City Nord», c'est une Sicafi intitulée «Warehouse Estates Belgium» qui s'en charge. Elle est cotée en Bourse depuis 1998 et Robert Wagner la gère, pour l'essentiel, avec ses deux enfants. Il a aussi des conventions avec la Ville de Charleroi : elle est son locataire pour quelques immeubles. Et on le dit fort intéressé par des terrains situés à Lodelinsart, là où doit s'établir le nouvel hôpital public en 2010, si tout va bien. Désormais, ses activités financières sont le fait d'une «Société wallonne à portefeuille». En 2001, Robert Wagner est devenu président de l'aéroport de Charleroi. Il s'est toujours attaché, dit-on, à séparer ses activités immobilières de celles de l'aéroport.

© La Libre Belgique 2006