L'affaire Wagner va éclabousser. Qui?

Roland Planchar

Le retentissement est grand, à la suite de la mise en cause de l'homme d'affaires carolo Robert Wagner. C'est qu'elle dirige les projecteurs vers ceux qui n'ont pas récupéré, comme ils l'auraient dû, semble-t-il, une somme de 34 millions d'anciens francs (environ 843 000 euros) perçue à la fin des années 90 par son groupe, via la société «Charleroi Découpe» - vendue plus tard à Fabricom.

Ce montant, provenant de la Région wallonne et de l'Union européenne, devait servir la cause de l'emploi mais ne l'a pas fait, selon l'administration et la justice - ce que M. Wagner dément. Or, après que la même administration wallonne eut constaté que l'argent devait être rendu, le dossier s'est trouvé proprement enterré...

Influence? Voire corruption? Toujours est-il que, jeudi, le procureur du Roi de Charleroi, Christian De Valkeneer, a confirmé que Robert Wagner avait été inculpé l'avant-veille «de faux et usage de faux, infraction à l'arrêté royal de 1933 relatif à l'octroi de subventions, et corruption active».

Il a également indiqué que «ces chefs d'inculpation pourraient être élargis et la saisine de la juge d'instruction France Baekeland modifiée», si l'enquête devait mettre d'autres faits au jour (le dossier de la Région wallonne a été saisi). Il n'a en revanche pas parlé de l'inculpation à venir d'autres personnes, même si on tient la chose pour probable, dans le milieu de l'enquête.

C'est cette «patate chaude»-là qui échoit donc à certain (s), fonctionnaire (s) ou autre (s), puisque s'il y a corrupteur, comme le soupçonne la justice, il y a aussi corrompu.

Jeudi, les déclarations se sont en tout cas multipliées, du côté politique. Serge Kubla, ancien ministre libéral wallon de l'Economie, a pour sa part rappelé que c'était à l'administration d'effectuer les démarches pour récupérer les aides indûment perçues et que, en tant que ministre, il ne devait en théorie, à l'époque, même pas être saisi.

Néanmoins, en fonction d'un «cas difficile», l'administration des Affaires économiques lui avait soumis le problème dès 2001 et un membre de son cabinet avait reçu M.Wagner ainsi que son avocat, à leur demande. Ils contestaient devoir rembourser le subside, se souvient M.Kubla. Ils prétendaient avoir créé les emplois annoncés, mais dans une société connexe. Le dossier, alourdi des traces de cet échange, avait été renvoyé à l'administration.

Mise en demeure

Laquelle, ensuite, avait informé M.Kubla de ce que, sans autre avis au 30 juin 2002, elle procéderait à la récupération de la somme. Le ministre pensait donc le dossier clos, explique maintenant l'actuel chef de groupe du MR au Parlement wallon. Qui s'étonne de ce que, en 2006, la récupération ne soit pas effective: c'est récemment que l'administration a mis Fabricom (qui se retourne contre Wagner) en demeure de rembourser.

Serge Kubla a par ailleurs exonéré de toute intervention l'ancien ministre-Président wallon Jean-Claude Van Cauwenberghe, grand ami de Robert Wagner: «Aucune injonction visant à retarder le dossier n'a été donnée. Aucune demande émanant (de) M. Van Cauwenberghe n'a été effectuée».

Puisque Jean-Claude Marcourt, successeur socialiste de M. Kubla, dit n'avoir été informé de l'affaire qu'en décembre 2005, peu avant la parution d'un article de presse, et assure de son côté avoir pris «immédiatement les mesures nécessaires» - d'où la mise en demeure-, la balle ne serait donc pas dans le camp politique. Le ministre s'est d'ailleurs refusé à commenter les rumeurs qui véhiculent cette piste politique. Que, côté justice, on n'exclut toutefois pas.

© La Libre Belgique 2006