Tirs croisés sur Jean-Pierre De Clercq

V.d.W.

Le député permanent socialiste Jean-Pierre De Clercq, inculpé de détournement de fonds, a-t-il encore un avenir politique? Conduira-t-il la liste de son parti aux prochaines élections provinciales, lui qui a été placé en tête de liste par la fédération de Charleroi? Même si l'homme n'est encore «que» inculpé et pas condamné, la question mérite d'être posée. A ce stade-ci, qui peut le destituer de sa place de chef de file PS à la province? Jean-Pierre De Clercq, lui-même, pourrait considérer que cette inculpation, même s'il conteste avec force, le disqualifie de fait pour poursuivre sa carrière politique. Cela est peu probable quand on connaît le tempérament fougueux de l'homme. La fédération dont il dépend pourrait elle aussi décider de le rétrograder voire de l'exclure de sa liste. Jean-Pierre De Clercq conserve un indéniable capital de sympathie parmi les militants. Toutefois, on n'est pas à l'abri d'une surprise quand on sait les haines corses internes qui secouent cette fédération.

Autonomie

Et que peut faire le «boulevard de l'Empereur», le siège du Parti socialiste? En l'état, peu de chose: Di Rupo doit respecter l'autonomie des instances fédérales. Mais on devine que l'accumulation des scandales autour et alentour de Charleroi doit crisper un homme qui a fait de l'assainissement du PS l'un de ses principaux chevaux de bataille. Et chaque scandale le détourne de son autre «oeuvre», le redressement de la Wallonie.

Mais paradoxalement, la mise au jour de ces malversations, et les actions judiciaires entreprises contre les quelques parvenus que compte Charleroi, pourrait renforcer, en interne, le président du Parti socialiste qui a choisi d'accélérer la réforme de son parti et d'élaguer un rosier dont certaines branches apparaissent bien pourries.

Tous pourris au PS de Charleroi? Dans l'entourage d'Elio Di Rupo, on nuance évidemment. Sur les quelque 340 mandataires socialistes à Charleroi, «seuls» 5 ou 6 sont aujourd'hui dans la tourmente. Le problème est que la situation ultra-majoritaire du PS dans cette région a sans doute poussé les potentats locaux à s'octroyer des pouvoirs immenses, dépassant toutes les limites politiques et finalement juridiques. Il est en tout cas un élément que le président du PS juge inacceptable, de la part de Jean-Pierre De Clercq: ce sont ses insinuations contre la juge Baekeland. Le président du PS a redit, jeudi, sa confiance dans le travail de la justice. «Je condamne, a-t-il dit, les propos injurieux à l'égard de quiconque et en particulier à l'égard d'un juge.» Interrogée à la Chambre, la ministre de la Justice, Laurette Onkelinx, a elle aussi fermement condamné le dérapage de Jean-Pierre De Clercq, rappelant notamment que le code pénal punit l'injure à magistrat.

L'avenir de Jean Pierre De Clercq - qui sera également convoqué par le bâtonnier de l'Ordre du barreau de Charleroi - est donc on ne peut plus sombre. Ses soutiens politiques risquent bien de se raréfier dans les semaines et les mois qui viennent.

© La Libre Belgique 2006