Un système carolorégien qui craque de toutes parts

PAUL PIRET

ANALYSE

Wagner, De Clercq, Cariat... Les noms dominent l'actualité pour des «affaires» différentes. Reste qu'elles se localisent toutes sur Charleroi et son establishment socialiste.

La situation est trop injuste et dangereuse pour la région - injuste quand on en connaît le dynamisme social et les premières réussites d'une courageuse reconversion, dangereuse parce que tout climat délétère risque de ne profiter qu'aux extrémismes - pour ne pas espérer une reconstitution plutôt qu'un écrasement de ses forces vives. Mais elle passe par une remise à plat de deux questions essentielles.

D'abord, comment en est-on arrivé là? Tout pouvoir absolu porte en lui les germes de sa déliquescence. Mais ce serait lapalissade de s'y cantonner. Ce pouvoir absolu, qui a sa légitimité électorale, il faut bien le mesurer (Charleroi est la seule grosse ville du pays à majorité absolue depuis les fusions; 13 des 14 bourgmestres de l'arrondissement sont socialistes; le PS a une majorité absolue dans 8 cas et est au pouvoir dans les 6 autres). Il faut aussi en appréhender l'organisation souterraine (à l'inverse de Liège, où les rivalités claniques s'étalèrent au grand jour, les socialistes carolos se répartirent les sphères du pouvoir assez discrètement pour s'ériger des potentats). Il faut convenir aussi que ce pouvoir ne tourna pas que sur ou pour lui-même (ainsi Jean-Claude Van Cauwenberghe put-il jadis imposer un slogan «Charleroi j'y crois» auquel peu de Carolos ne crurent pas). Ajoutons-y un fort endormissement local - politique, médiatique ou citoyen - et des détenteurs du pouvoir n'eurent aucune peine à finir par confondre des habitudes avec la norme.

Seconde question: comment a-t-on fini par en sortir? Alors que la condamnation de Richard Carlier fut vite reléguée en histoire ancienne et telle affaire Avaux, en petit problème local? Alors que le dossier de «La Carolo», par lequel le déclic vint, ne fut mis au jour que trois ans après un audit qui en avait déjà décrit les turpitudes? Il fallut, inattendue, toute une conjonction d'éléments politiques, médiatiques, judiciaires et socio-économiques assez significative pour enclencher un jeu de dominos. Jusqu'à ce que parfois on n'admette plus aujourd'hui ce à quoi on se résignait hier. Mais pas encore jusqu'à pouvoir pressentir cette révolution des mentalités et des pratiques dont Charleroi et la Wallonie ne devraient faire l'économie.

© La Libre Belgique 2006