ICDI: comment remplacer Cariat?

Avocat de Lucien Cariat, le président de l'ICDI incarcéré depuis jeudi soir à Jamioulx, Me Roland Hougardy a dit hier qu'il entendait bien réserver l'essentiel de ses arguments à la Chambre du conseil de Charleroi, mardi prochain. Tout au plus a-t-il voulu déplorer la manière dont on avait traité son client après treize heures d'interrogatoire.

Philippe Mac Kay

Avocat de Lucien Cariat, le président de l'ICDI incarcéré depuis jeudi soir à Jamioulx, Me Roland Hougardy a dit hier qu'il entendait bien réserver l'essentiel de ses arguments à la Chambre du conseil de Charleroi, mardi prochain. Tout au plus a-t-il voulu déplorer la manière dont on avait traité son client après treize heures d'interrogatoire.

Après la perquisition qui a touché sa villa du clos des Magneroulles, à Marcinelle, l'homme fort du PS local avait pris le chemin des locaux du Service judiciaire d'arrondissement (SAJ). Dix heures durant, il y a répondu «le plus calmement possible», a dit Me Hougardy, à des questions «plus ou moins agressives», pour un interrogatoire «d'une longueur assez inacceptable».

Pendant tout ce temps, il a eu droit en tout et pour tout à un sandwich. Après quoi, il a passé trois heures dans le bureau de la juge d'instruction France Baeckeland qui l'a inculpé de faux et usage de faux, abus de confiance et détournement par un fonctionnaire public. Monté en voiture, il a été conduit, sirènes hurlantes et gyrophare bleu à l'appui, vers la prison de Jamioulx.

«Il est très mal, il est très déprimé, il est au bord de l'épuisement, c'est un homme de 67 ans, mais il a encore des ressources», a dit Me Hougardy, qui avait, hier matin, rendu visite à son client à Jamioulx, là où il y a un peu moins de 8 mois, un autre échevin de Charleroi, Claude Despiegeleer, avait lui aussi été incarcéré. «Je suis triste qu'il ait été traité comme un gangster, je trouve ça un peu indigne», a brièvement commenté le défenseur, qui a précisé qu'une perquisition avait également eu lieu la veille chez Luc Cariat, fils de Lucien, et qui fait partie des cadres de l'ICDI.

Pourquoi un mandat d'arrêt ? Sur le fond, Me Hougardy a dit et répété ce qu'avait avancé Lucien Cariat lui-même, dès avant la perquisition qui a précédé son inculpation: il conteste formellement tout ce qui lui est reproché. Il y a quelques jours, il a expédié un courrier à la juge Baeckeland, en y joignant les pièces administratives qui pouvaient poser question: le PV du conseil d'administration du 6 mars dernier, des contrats passés avec le club de futsal «Action 21 », et des attestations de bénévoles qui ont accepté de travailler pour Lucien Cariat, sans rémunération et sans crédits d'heure de l'ICDI. Bref, des points sur lesquels reposeraient les infractions aujourd'hui reprochées au président incarcéré. La juge d'instruction Baeckeland a pourtant estimé impératif de le placer sous mandat d'arrêt. Risque de fuite ? Danger de faire pression sur des témoins ? Possibilité de déperdition de preuves ? A cela, Me Houdardy répond simplement qu'il ne «voit pas les raisons du mandat d'arrêt décerné vendredi soir».

Reste que l'ICDI doit continuer à fonctionner, et que son Comité de direction a été réuni hier, afin de désigner celui ou ceux qui devront assurer la gestion de la collecte et du traitement des immondices dans la région et le payement du personnel: il ne s'agirait pas qu'en plus du reste, l'intercommunale soit frappée par un conflit social. L'assemblée générale devrait choisir un nouveau président le 31 mai. Le bourgmestre Van Gompel a dit sa volonté de «faire la clarté le plus rapidement possible».

Lundi soir, les instances socialistes se réuniront. Dans des cas analogues, elles avaient demandé, l'automne dernier, aux échevins mis en cause de démissionner, avant de les dépouiller de leurs fonctions. L'un d'eux, Serge Van Bergen, est toujours en poste sans attributions, parce qu'il a été impossible de le démettre. Les jours à venir s'annoncent encore tumultueux, dans la majorité absolue carolorégienne, qui connaît un cas de figure rarissime: elle aura eu quatre échevins inculpés, dont deux incarcérés.

© La Libre Belgique 2006