«Le PS ce n'est pas toute la Wallonie»

De retour du Congo, le vice-Premier ministre MR et ministre des Finances, Didier Reynders, nous a livré son sentiment sur l'actualité politique. Il fustige les socialistes qui critiquent la magistrature: c'est la technique du crime organisé. Le PS domine, car il règne sans partage à la Région. Au fédéral, il se dit prêt à poursuivre avec les mêmes.

«Le PS ce n'est pas toute la Wallonie»
©LLB
FRANCIS VAN de WOESTYNE

ENTRETIEN

De retour du Congo, le vice-Premier ministre MR et ministre des Finances, Didier Reynders, nous a livré son sentiment sur l'actualité politique.

On vous a peu entendu sur les affaires qui secouent Charleroi et le PS... Un silence stratégique qui vise à ménager votre partenaire gouvernemental?

Pas du tout. Je pense tout d'abord que c'est à la justice de faire son travail. Ce qui se passe dans ces dossiers, c'est ici et maintenant, ce ne sont pas des dossiers du passé, de vieilles histoires. C'est la gestion communale, intercommunale, des sociétés du logement social d'aujourd'hui. Ces faits se produisent depuis un certain temps, ils sont toujours en cours et les hommes responsables sont toujours en fonction aujourd'hui.

Certains responsables locaux dénoncent un acharnement de la justice à l'égard du PS...

Tenons-nous en aux faits. Il y a une accumulation très lourde d'éléments curieux: on découvre qu'un conseiller communal MR a été suivi, on découvre des images pédophiles sur un disque dur, on découvre qu'une société de traitement des déchets a tout fait pour éluder l'impôt régional. Je ne vois donc aucune trace d'acharnement. Critiquer les enquêteurs, c'est la technique classique utilisée dans la grande fraude ou le crime organisé.

Faut-il une grande opération «mains propres»?

Moi, je suis un peu fatigué de cette idée de tornade blanche, de grande réforme... Le code pénal existe: si la justice poursuit aujourd'hui, c'est sur la base de textes existants. Il ne faut pas donner le sentiment que ces fautes étaient presque excusables parce que la loi ne disait rien. Il suffit d'appliquer les textes qui existent. Ce n'est pas en faisant croire aux gens, dans une espèce d'acharnement quotidien, qu'on va encore écrire trois textes, que les choses vont changer. Il faut aussi que les autorités compétentes exercent leur tutelle. Enfin, il y a une déontologie politique: si un responsable sent que ses intérêts privés sont concernés par le dossier qu'il gère, il doit s'abstenir de traiter cette matière.

Le MR a partagé le pouvoir avec le PS à la Région: n'avait-il rien vu ou s'est-il tu?

Ce n'est pas au MR à faire des enquêtes judiciaires. Le seul qui ait lancé un débat dans une assemblée c'est Olivier Chastel, conseiller communal à Charleroi. Pour le reste je suis assez amusé de voir tout le folklore médiatique d'un certain nombre de ministres. Mais ce ne sont pas eux qui sortent les dossiers...

Comment jugez-vous l'attitude des autorités locales?

Je suis assez surpris de l'attitude du bourgmestre, Jacques Van Gompel qui dit: «J'ai peur de ce qui va se passer tous les jours.» S'il ouvrait les dossiers, il aurait peut-être un peu moins peur. J'ai lu qu'il ne savait rien. Mais maintenant, il sait. Qu'attend-il? En matière de logement social, on nous a refusé une commission d'enquête et l'on fait des audits. Bien. Mais pourquoi ne donne-t-on pas les résultats des audits aux parlementaires ou en tout cas aux administrateurs des sociétés concernées?

Que faire pour limiter le pouvoir du PS? Gouverner sans lui?

Lors de la précédente législature, parmi les 6 présidences de gouvernement et d'assemblées, côté francophone, nous en avions 2 et le PS 4. A présent, les 6 postes de présidents appartiennent au PS, le CDH n'en a pas une. C'est cela qui donne l'impression que la Wallonie et le PS, c'est la même chose. Or, c'est faux. Les problèmes surviennent soit en cas de majorité absolue soit lorsqu'un partenaire domine trop fortement l'autre. Le CDH est entré dans les majorités régionales et communautaires à n'importe quel prix. Ce n'est pas sain. Il n'y a pas de vraie coalition, juste un partenaire qui dicte sa loi à l'autre.

Pensez-vous que le cumul qu'exerce Elio Di Rupo (parti et Région wallonne) l'empêche de gérer correctement et la crise de son parti et la Wallonie?

Ce qui est problématique c'est le fait de cumuler la présidence d'un parti et d'un gouvernement. Qu'un vice-Premier défende les intérêts de son parti au sein du gouvernement, il n'y a pas de problème.

Au niveau fédéral, un partenaire ne domine-t-il pas l'autre?

Les rapports de force sont beaucoup plus équilibrés. Personne n'ignore qu'il y a plusieurs formations politiques au pouvoir. Il y aura sans doute une montée d'adrénaline avec le Conseil consacré au pouvoir d'achat et à la compétitivité. Mais ce débat démontrera qu'il y a un vrai équilibre.

Prêts à continuer?

Il y a eu des moments difficiles. Mais quand je vois les décisions que nous avons prises, cela ne me poserait pas de problèmes de poursuivre. Moi, je me consacre à mon activité avec pour ambition de présenter un bilan correct et des projets. D'autres ont choisi les Régions. J'imagine qu'ils s'y consacreront jusqu'en 2009.

Ça vous ennuierait tant qu'Elio Di Rupo revienne au fédéral?

Il a déjà eu un destin fédéral. Et en Wallonie, on vient de perdre une année. Cela vaut peut-être la peine de s'y consacrer complètement à l'avenir. Il faudrait qu'il explique aussi aux Wallons pourquoi il abandonne la Région qu'il préside.

Vous lancez tôt la campagne électorale fédérale...

Elle était déjà lancée.

© La Libre Belgique 2006

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