Un passé commun belge interpellant

Et de deux! Le deuxième volume de la Nouvelle Histoire de Belgique, co-éditée par Complexe et Lannoo est arrivé sur les tables des libraires. Comme le premier, il se compose de trois livres réunis en un, couvrant cette fois la période de 1905 à 1950 avec «L'entrée dans le XXe siècle», la période de 1918 à 1939 avec «La démocratie rêvée, bridée et bafouée» et celle qui va de 1940 à 1950 avec «La Belgique sans Roi».

Un passé commun belge interpellant
©Johanna de Tessières
Christian Laporte

Et de deux! Le deuxième volume de la Nouvelle Histoire de Belgique, co-éditée par Complexe et Lannoo est arrivé sur les tables des libraires. Comme le premier, il se compose de trois livres réunis en un, couvrant cette fois la période de 1905 à 1950 avec «L'entrée dans le XXe siècle» (Michel Dumoulin, UCL), la période de 1918 à 1939 avec «La démocratie rêvée, bridée et bafouée» (Emmanuel Gerard, KUL) et celle qui va de 1940 à 1950 avec «La Belgique sans Roi» (Mark van den Wijngaert, KUB et Vincent Dujardin, UCL). Une somme de 731 pages... qui fait le point sur notre histoire politique contemporaine - au sens large car les autres aspects de la vie en commun y apparaissent aussi - à partir de regards croisés du nord et du sud. A une époque où les opinions publiques divergent notamment parce qu'elles ne connaissent plus le plus proche voisin, l'initiative d'avoir réuni des historiens de part et d'autre de la frontière linguistique est d'ores et déjà un succès de librairie mais aussi la preuve que l'historiographie... fédérale a encore de beaux jours devant elle.

«On a constaté que les travaux respectifs étaient parfois peu connus de l'autre communauté. La démarche que nous avons entreprise avec Michel Dumoulin, Manu Gérard et Mark Van den Wijngaert permet sans doute une heureuse mise à jour pour tous» constate Vincent Dujardin, coordinateur du projet avec les précités. Et elle apporte la preuve que l'on peut travailler ensemble sur des sujets sensibles. «C'est vrai pour le tome, à paraître, sur le Congo mais aussi sur la Question royale, par exemple. De même, sur des dossiers qui restent politiquement et communautairement très délicats comme la collaboration et la répression, il n'y a pas de lectures fondamentalement différentes entre historiens.» Le fil rouge du volume 2? «La politique bien sûr avec une grande instabilité gouvernementale de 30 à 50 mais aussi l'évolution de la monarchie où l'on constate, s'il le fallait encore, qu'Albert Ier et Léopold III entendaient régner et parfois même gouverner».

Les historiens n'ont forcément plus de méga-scoops à se mettre sous la dent mais cela ne les empêche pas de révéler des documents éclairants peu connus jusqu'ici. Et donc de rectifier des clichés très répandus.

Ainsi, le Roi-Chevalier fut parfois stigmatisé comme anti-flamand alors que dès 1918, il réclame plus d'égalité linguistique pour la Flandre. Sur la période troublée de la Régence, les auteurs innovent quand même sur les relations difficiles entre les deux branches de la famille royale. Quant à l'Entre Deux Guerres, Emmanuel Gérard l'a revisité, nous offrant, enfin, la synthèse qui manquait sur cette période depuis le travail de référence du Suédois Carl-Henrik Hjer de... 1946!

© La Libre Belgique 2006


«Nouvelle Histoire de Belgique», tome 2, Editions Complexe, 731 pp