La Daerden connection

L'ancien cabinet révisoral du ministre wallon jouit d'une position hégémonique à Liège.Les conflits d'intérêts sont flagrants et la Région wallonne aurait, légalement, dû sévir.Daerden Jr est défendu par Mes Uyttendaele et Cruyplants devant les instances de l'IRE.

Philippe Lawson
La Daerden connection
©Johanna de Tessières

La polémique suscitée par les activités du cabinet révisoral DC&Co, fondé par le ministre wallon Michel Daerden (PS) est telle que le dossier fera l'objet d'interpellations ce mercredi au Parlement wallon. Le bureau est aujourd'hui piloté par son fils, le député wallon Frédéric Daerden (PS). Jusque-là, pas de problème qu'un fils prenne la relève de son père à la tête d'une entreprise, mais c'est la liste des contrats de DC&Co qui interpelle.

Le bureau basé à Ans, il vise (en partenariat ou seul) les comptes d'une trentaine d'intercommunales wallonnes (sur un total de 126) dont 19 ont leur siège social en province de Liège (ALE, SLF, SPE, CILE, Intradel, Socolie, etc.). Quand on sait que le ministre wallon du Budget contrôle (in)directement certaines structures publiques, on peut se poser des questions sur la véritable indépendance du cabinet DC&Co. Le bureau audite les comptes de pas moins de 17 sociétés de logements sociaux dont 15 sont situées en province de Liège. Et ici aussi règnent des problèmes d'éthique: DC&Co est le réviseur de la société de logement du Plateau à Ans, commune dont Michel Daerden est le maïeur en titre, le vice-président de la coopérative n'étant autre que Jean-Louis Daerden, frère du ministre.

DC&Co, réviseur à Herstal

DC&Co est également le réviseur de la coopérative régionale de logement de Herstal depuis 1994. Le mandat de DC&Co vient d'ailleurs d'être renouvelé pour 3 ans, alors que Frédéric Daerden est, depuis quelques semaines, le nouveau bourgmestre de Herstal après avoir assumé des fonctions d'échevin (Finances, Citoyenneté) entre 2000 et 2006. «Que voulez-vous que je vous dise. Le cabinet représenté par deux de mes associés a été désigné à l'assemblée générale de la coopérative à l'unanimité», justifie Frédéric Daerden.

Quant à la polémique qui entoure son cabinet, il rappelle qu'il a déjà exposé la «situation objective» devant la Commission de discipline dans le cadre de la procédure disciplinaire à son encontre. Tout le reste ne serait, d'après lui, que pure spéculation subjective. Pour le défendre, il s'est adjoint les services de deux avocats: le cabinet de Marc Uyttendaele et l'ancien bâtonnier bruxellois Jean Cruyplants. «DC&Co, c'est une véritable hégémonie à Liège et dans certains cas, l'obligation de requérir trois offres est souvent contournée. Des intercommunales sollicitent deux offres auprès de cabinets proches, car tenus par d'anciens stagiaires de DC&Co et ils se désistent au profit de leur ancien maître de stage», raconte une source proche des Daerden, sous couvert d'anonymat.

Sous d'autres cieux, c'est la même situation de monopole. Le bureau Haag, Moureaux&Co qui contrôle 11 des 12 intercommunales basées en province de Luxembourg.

La SCRL TCLM-Lebrun, Toelen, Cats&Co concentre au moins la moitié de son activité relative aux intercommunales sur l'arrondissement de Charleroi et Dammekens-Lejuste fait de même à Mons. Mais l'hégémonie des bureaux de réviseurs et surtout celle du cabinet DC&Co se fait avec la complicité tacite de la Région wallonne.

Selon le décret organisant la tutelle, notamment sur les intercommunales, les actes des organes portant, entre autres, sur la composition du conseil d'administration et celle du collège des commissaires réviseurs, sont soumis à la tutelle spéciale d'approbation du ministre des Affaires intérieures wallon. A défaut d'une décision du ministre endéans les 30 jours, la désignation des réviseurs est acquise.

Complicité de la Région

Sous la précédente législature wallonne, on aurait laissé (volontairement?) le délai passer. «Les réviseurs sont désignés pour plusieurs années et le contrôle est extrêmement formel. Quand j'ai voulu aller plus loin que le contrôle de légalité sur les intercommunales, le ministre-Président Van Cauwenberghe et le président du PS, Elio Di Rupo, ont tout fait pour me mettre des bâtons dans les roues», dit l'ancien ministre Charles Michel (MR). «Le ministre a un droit de regard sur les décisions prises par les organes, mais pas sur leur composition», renchérit-on au cabinet de Philippe Courard (PS), son successeur.

© La Libre Belgique 2006