Murat Kaplan s'est livré par amour

Il était 19h18 lorsque Kapllan Murat (dit Murat Kaplan, 43 ans) a été repris vendredi à Dilbeek, en région bruxelloise. On attendra les déclarations complètes du parquet, ce samedi matin, pour s'en convaincre ou non, mais il semble que cette arrestation était surtout une reddition.

Murat Kaplan s'est livré par amour
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Roland Planchar

Il était 19h18 lorsque Kapllan Murat (dit Murat Kaplan, 43 ans) a été repris vendredi à Dilbeek, en région bruxelloise.

On attendra les déclarations complètes du parquet, ce samedi matin, pour s'en convaincre ou non, mais il semble que cette arrestation était surtout une reddition. Elle s'est en tout cas déroulée sans heurts, l'intéressé n'étant pas armé et n'ayant offert aucune résistance aux forces de l'ordre.

Voilà qui met fin à une cavale ayant déjà fait couler beaucoup d'encre. Et qui le fera sans doute encore. Car s'il faut bien sûr être très satisfait que les choses soient rentrées dans l'ordre (on comprend à cet égard que la ministre de la Justice se soit félicitée de la tournure des événements, sans effusion de sang), tout ne semble pas dit sur les circonstances de cette reddition.

Amoureux depuis 3 ans

La justice a certes mis les grands moyens pour y parvenir, mais tous ont-ils été de bon aloi? La question, Me Sven Mary qui, avec sa consoeur Me Nathalie Buisseret, défend Murat Kaplan et son amie Virginie Barré (ils sont tombés amoureux voilà 3 ans et ont des projets de vie en commun; elle est âgée de 38 ans), se l'était déjà posée au cours de la journée de vendredi.

On venait alors d'apprendre que, tôt le matin, quatre ou cinq perquisitions avaient été menées aux domiciles brabançons de proches de celui qui était encore un fuyard, toutes négatives selon le parquet de Nivelles.

C'était de bonne guerre, dès lors que la juge d'instruction Anne-Françoise Destrée avait en mains - était-ce le cas?, se demandait Me Mary - des éléments faisant croire que Murat Kaplan se serait réfugié chez l'un d'eux. Chose que, d'ailleurs, on pouvait imaginer, dans la mesure où sa cavale, à la mi-juillet, ne semblait pas préparée du tout. N'ayant pas les moyens de sa subsistance, il pouvait s'être adressé à des proches pour les vivres et le coucher.

Quel danger?

Bien. Mais là où l'avocat était vraiment fâché, dans la journée, c'était en apprenant que Virginie Barré avait été privée de liberté dans la foulée de ces perquisitions (la juge ayant 24 heures pour décider de la placer ou non sous mandat d'arrêt).

Cette éventualité faisait bondir Me Mary «et je l'ai expliqué au premier substitut du procureur de Nivelles, Yves Moreau». «L'inculpation dont on me laissait entendre qu'elle risquait bien d'arriver visait des faits de recel de criminel (NdlR: rappelons que les perquisitions ont été négatives) et le fait qu'elle constitue un danger pour la sécurité publique».

Des nuits chez l'avocat

Cette appréciation lui déplaît vivement: «J'espère que le magistrat instructeur aura la décence et l'objectivité de ne pas se faire porter par la politique ou par l'opinion publique, car s'interroger sur cette prétendue menace que Mme Barré représenterait pour la sécurité est vraiment nécessaire. S'il y a une personne qui a essayé par tous les moyens de faire rentrer Murat Kaplan à la prison d'Ittre, c'est bien elle. Elle a passé des nuits ici au cabinet en attendant un coup de fil de son ami, pour le supplier de bien vouloir se rendre!»

Mais l'avocat - en l'absence apparente d'éléments étayant le recel de malfaiteurs - allait plus loin, déjà avant d'apprendre l'arrestation de son client: «Le législateur, quand il a conçu la loi sur la détention préventive, en 1990, a estimé que cette détention ne pouvait en aucun cas servir de moyen de pression». Or l'avocat redoutait précisément que ce soit le cas, nous disait-il toujours en cours de journée.

Et de crier même au scandale: «C'est une maman. Elle a des responsabilités. Elle n'a jamais eu de problème avec la justice. Elle n'a jamais représenté une menace pour personne. Elle est simplement tombée amoureuse d'un fugitif et ce serait scandaleux de détourner la loi de telle manière».

«Il a rallumé son GSM»

Or, selon ce qu'on a pu en apprendre vendredi en soirée et sous réserve que ces informations ne soient pas infirmées par le parquet, il semble effectivement que cette menace d'emprisonnement soit à la base de la reddition de Murat Kaplan.

Après l'arrestation, le même Me Sven Mary expliquait ainsi que «quand les policiers sont arrivés, il était sur une moto, à Dilbeek, et n'a pas bougé». Surtout, quelque temps auparavant, Murat Kaplan «a rallumé son GSM, et il sait très bien ce que cela veut dire, en matière de repérage. Il avait appris l'interpellation de son amie, il me l'a dit au téléphone. Il a aussi téléphoné au procureur de Nivelles. A la famille de Virginie Barré. Et à nous, donc. J'ai bien compris à ce moment qu'il pensait à se rendre, pour éviter la prison à Mme Barré». Par amour.

Nous ignorons pour notre part ce que le dossier de Mme Destrée contient. Et peut-être a-t-elle des raisons d'aller jusqu'au mandat d'arrêt (le contraire serait indicatif). Le parquet lui-même a sans doute de fort bonnes explications. Mais si non, on pourrait difficilement donner tort à Me Sven Mary.

© La Libre Belgique 2006


Le substitut Yves Moreau, en charge du dossier de Kapllan Murat a annoncé samedi matin, lors d'une conférence de presse visant à faire le point sur les événements de ces dernières 24 heures, que Kapllan Murat avait été transféré à la prison d'Ittre et que sa compagne, Virginie Barré, avait été relaxée dans le même temps. Elle avait été privée de liberté vendredi matin, pour recel de malfaiteur.

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