Ottignies voit la ville en vert

Un système de cogénération fournira plusieurs bâtiments communaux en chauffage et en électricité. Il fonctionnera à l'huile de colza issue de cultures locales. Sa mise en service est programmée fin juin 2007.

Gilles Toussaint

Très impliquée sur le front du développement durable, la commune d'Ottignies-Louvain-la-Neuve s'applique depuis plusieurs années à traduire en actes concrets un concept qui demeure trop souvent cantonné au stade des discours.

Membre, avec trois autres villes belges, du réseau européen «Sustainable Cities» (Sus-Cit, lire ci-dessous), elle s'apprête ainsi à lancer à la mi-septembre un appel d'offres pour la réalisation d'un mini-réseau de chauffage urbain chargé d'assurer les besoins énergétiques du centre culturel, de deux bâtiments administratifs et de l'hôtel de ville. Rien de bien original jusque-là, si ce n'est que leur alimentation reposera sur une installation de cogénération fonctionnant à l'huile de colza pure. «Actuellement, ces quatre bâtiments réunis consomment annuellement 150.000 m3 de gaz de ville», explique André Sterckx, conseiller en énergie de la Ville d'Ottignies et cheville ouvrière du projet.

Avantage de ce cogénérateur: il produira non seulement de la chaleur, mais également de l'électricité. «La chaleur sera distribuée via un réseau de tuyauteries reliant les quatre bâtiments et qui se greffera sur les installations de chauffage existantes. L'électricité sera pour sa part distribuée dans deux bâtiments selon le même principe. Ce système vient donc compléter les installations d'énergie traditionnelles et s'y substituera quand ce sera le plus intéressant. Le cogénérateur est un moteur et quand on le lance, c'est pour une longue période. Durant la nuit, par exemple, où l'on a besoin de pas ou peu de chauffage, il sera coupé et ne produira donc pas d'électricité non plus. Le relais est alors pris par les installations classiques. Il s'agira de gérer de la manière la plus rationnelle possible les consommations de quatre bâtiments.»

Autre cas de figure: celui où, à certains moments, le système génère plus d'électricité que nécessaire. Dans ce cas, poursuit M.Sterckx, deux scénarios sont envisagés: soit l'électricité excédentaire est réinjectée sur le réseau général dans le cadre d'un contrat passé avec un fournisseur; soit elle sera revendue à des utilisateurs privés dans le cadre du projet de licence simplifiée que prépare actuellement la Région wallonne.

Débouchés agricoles

Pour faire tourner ce cogénérateur, la Ville doit également s'assurer de disposer à temps et à heure de l'huile de colza - quelque 140 000 litres par an - qui lui servira de carburant. «Nous avons notamment des contacts avec deux personnes liées au milieu agricole qui ont le projet de produire chacune un million de litres d'huile par an, ce qui représente 1.600 hectares de colza. Notre intention est de faire appel à deux fournisseurs afin d'avoir un filet de secours dans l'hypothèse où l'un des deux devrait faire face à une panne technique par exemple. Nous voulons également essayer de travailler avec les filières les plus courtes possibles. L'idée est de prévoir une clause dans les contrats qui imposera qu'un certain pourcentage de l'huile fournie soit produit sur base de colza cultivé par des agriculteurs de la région d'Ottignies.»

Estimé à 300 000 d'euros, le budget nécessaire à la finalisation de cet outil sera financé à 48 pc par des fonds européens et la Ville espère également obtenir une aide de 30 pc dans le cadre du programme d'utilisation rationnelle de l'énergie dans les bâtiments (Ureba) de la Région wallonne. L'objectif est de passer la commande à la fin du mois d'octobre afin que le système entre en service en juin 2007. «Selon nos calculs, il devrait être amorti au bout de quatre ans et donnera droit à 850 certificats verts par an, ce qui représente 290 tonnes de CO 2 évités», ajoute André Sterckx. Ce qui, vu l'urgence de lutter contre le réchauffement climatique, n'est pas le moindre des bénéfices.

© La Libre Belgique 2006