L'inadmissible sortie admise

L'incompréhension, la révolte, l'incrédulité, la consternation... Mariusz O., un des deux auteurs présumés du meurtre de Joe, a assisté le 16 août au match Belgique/Kazakhstan au stade d'Anderlecht. Dernière info: le gouvernement réagit et annonce des changements

L. D.

L'incompréhension, la révolte, l'incrédulité, la consternation..., tels sont, la plupart du temps, les sentiments partagés, après avoir appris que Mariusz O., un des deux jeunes Polonais, auteurs présumés du meurtre de Joe Van Holsbeeck, a assisté le 16 août dernier au match de football Belgique/Kazakhstan au stade d'Anderlecht. Actuellement détenu au centre fermé pour mineurs de Braine-le-Château avec son complice Adam G., Mariusz O. bénéficiait d'une sortie, en compagnie d'un éducateur. Le juge de la Jeunesse avait en effet donné son autorisation à cette activité dans le cadre du programme éducatif mené dans cette institution publique de protection de la jeunesse (IPPJ), comme l'a expliqué sa directrice, précisant par ailleurs que le jeune homme «avait eu une conduite exemplaire et de bons résultats scolaires».

«Sans savoir quelle était la nature exacte de cette sortie, le juge de la Jeunesse avait donné son autorisation», a expliqué la substitute Sonia Isbiai. Le parquet a immédiatement interjeté appel, mais le jugement a été rendu... le lendemain du match de football, avec, en outre, interdiction de toute sortie à Mariusz O., jusqu'au 15 septembre.

Apprenant la nouvelle la plupart du temps par voie de presse, les politiques n'ont pas manqué de réagir. Ainsi les ministres de la Justice et de l'Intérieur se sont-ils dits «consternés» par l'autorisation de sortie délivrée par un juge de la jeunesse à Mariusz O., soulignant, dans un communiqué, que «cette initiative était de nature à porter gravement atteinte à la sécurité publique. Dans ce genre de manifestation, les risques d'évasion ou d'émeutes sont particulièrement présents. Elle peut, de surcroît, être ressentie comme un manque de respect à l'égard de la victime et de sa famille. Elle est d'autant plus incompréhensible que, pour beaucoup, assister à un match de cette nature apparaît comme une faveur à laquelle peu ont droit». Dès ce lundi, le sujet sera d'ailleurs à l'ordre du jour de la réunion entre les entités fédérale et fédérées en ce qui concerne la délinquance juvénile. Ce sera l'occasion d'évoquer la question du système des sorties autorisées en IPPJ.

Pour sa part, Françoise Bertieaux, chef de groupe MR au parlement de la Communauté française, a fait savoir qu'elle demandera lundi la réunion d'urgence de la commission Aide à la jeunesse afin que la ministre de l'Aide à la jeunesse, Catherine Fonck (cdH) se prononce sur l'autorisation de sortie accordée à Mariusz O. «Il faut que Mme Fonck s'explique», a déclaré Mme Bertieaux qui se dit «surprise» par une telle sortie pour un mineur qui a commis des faits aussi graves.

Inopportun, inacceptable

«Inopportune et peu pertinente», tels sont les deux termes par lesquels Catherine Fonck, a qualifié la sortie accordée à Mariusz O. Afin d'identifier les «éventuelles responsabilités», la ministre, qui «partage l'émotion et l'incompréhension que peut susciter cette information» a demandé un rapport, qu'elle recevra dans les tout prochains jours, sur les circonstances de l'organisation de l'activité.

Pour le parlementaire CD&V Tony Van Parys, le fait d'avoir accordé une sortie à Mariusz O. représente «une faute professionnelle grave, impardonnable». «Il est évident que l'on n'a pas eu le réflexe de ne pas choisir pour ce genre de mesures de faveur une personne ayant des faits aussi graves à son actif», a expliqué l'ancien ministre de la Justice, qui estime que «pour des faits graves, les jeunes doivent pouvoir être condamnés comme des adultes». Et d'ajouter: «Je suis favorable à un traitement individuel de chaque dossier. C'est comme si nous étions revenus à la période d'avant Dutroux».

Et s'il juge «notre appareil judiciaire à nouveau ridicule aux yeux de l'opinion publique», pour les parents de Joe, c'est un choc supplémentaire, un affront inacceptable, une infinie douleur, un autre coup de couteau dans le coeur. Françoise Van Holsbeeck, la maman de Joe, a du mal à comprendre que «l'on fasse un tel cadeau à quelqu'un qui devrait être puni, prétextant qu'il s'agit de réinsertion sociale. Que l'on songe déjà à sa sortie, alors qu'il vient à peine d'être enfermé. (...) Et son fils aîné, qui a perdu son unique frère, a-t-on pensé à lui offrir un billet pour assister à un match des Diables Rouges?»

© La Libre Belgique 2006


L'EDITO Drôle de permission de sortie La ministre de la Justice et celui de l'Intérieur ont publié un communiqué conjoint pour se déclarer «consternés» par la permission de sortie accordée au jeune Mariusz, ajoutant que «cette sortie était de nature à porter atteinte à la sécurité publique». Mme Onkelinx ne manque pas d'air en feignant d'oublier qu'elle a personnellement signé l'autorisation de congé pénitentiaire d'un truand ayant des dizaines d'agressions à son actif. Quant à M. Dewael, il devrait se souvenir des cafouillages des services de police dans la «disparition» de la militante turque Erdal. Bref, l'une et l'autre auraient dû s'abstenir de tout commentaire opportuniste ce week-end, n'étant légalement en rien concernés par l'affaire même si la décision d'autoriser la sortie footballistique a été prise par un juge de la jeunesse. Mais c'est en entendant les explications de la directrice de l'IPPJ de Braine-le-Château, qu'on reste le plus ébahi. Mariusz, a-t-elle expliqué sans sourciller, a demandé de pouvoir assister au match des Diables Rouges et elle a appuyé sa demande «parce qu'il s'est comporté de manière exemplaire et qu'il a réussi ses examens». Et d'ajouter que c'est la... dixième sortie dont il bénéficiait alors qu'il séjourne depuis quatre mois seulement dans le centre fermé. Est-ce bien raisonnable? Si on considère que non, il faudra absolument rouvrir le débat sur les centres fermés et le parti pris protectionnel qui est poussé très loin en Communauté française. On sait que ce système est vivement soutenu par de nombreux praticiens de terrain, ainsi que par une bonne partie des responsables politiques. Il n'y a donc pas eu «dysfonctionnement» dans ce cas, mais bien une rigoureuse application de la loi existante. Les partis de l'actuelle coalition à la Communauté française entendent-ils la modifier fondamentalement? La ministre en charge de l'aide à la jeunesse, la CDH Catherine Fonck, parle plutôt de s'assurer que les autorisations de sorties soient désormais strictement (ré)éducatives et qu'elles n'apparaissent pas comme un «cadeau» offert à un jeune ayant commis précédemment des faits graves. La distinction, disons-le, relève du jésuitisme et risque de se révéler impraticable dans les faits. Jean-Paul Duchâteau © La Libre Belgique 2006

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