Tempête autour d'un cambriolage

Le sénateur Alain Destexhe dénonce l'absence d'un système d'alarme au GIA, le saint des saints de la lutte antiterroriste.Le GIA minimise. Les documents sensibles sont intacts dans une chambre-forte.

Christophe Lamfalussy

Le sénateur Alain Destexhe a effectué une rentrée politique fracassante lundi en demandant des «explications» aux ministres de la Justice et de l'Intérieur sur le cambriolage, dans la nuit de jeudi à vendredi derniers, du Groupe interforces antiterroriste (GIA).

Ce service peu connu est le saint des saints belge en matière de lutte contre le terrorisme. Il coordonne l'échange d'informations entre services de police et de renseignement et juge des menaces qui pèsent sur le pays. Le GIA est situé dans un immeuble banalisé de la rue de la Loi à Bruxelles, aux 5 éme et 6eétages d'un bâtiment où l'on retrouve aussi le ministère de la Santé et un cabinet américain d'avocats spécialisés dans le droit européen. «Ce qui est inadmissible, c'est que le siège du GIA n'était pas protégé», a dit hier le libéral Alain Destexhe, tancé un peu plus tard par son président du parti, Didier Reynders .

La semaine dernière, plusieurs malfaiteurs cagoulés ont visité l'ensemble du bâtiment, entrant par une porte de secours située dans une rue adjacente. La sortie de secours n'était pas protégée par une caméra, et les malfaiteurs n'ont eu besoin que d'un pied de biche pour défoncer, quelques étages plus haut, la porte du GIA.

Dès vendredi, le chef du GIA, Luc Verheyden, a balisé la portée de ce cambriolage en soulignant que les malfrats n'ont emporté ni document ni ordinateur, mais des effets personnels dont une arme de service (un 9 mm), une veste de motard, un appareil photo et un peu d'argent traînant sur les bureaux, ainsi qu'un rétroprojecteur. Aucun document n'a été dérobé, nous a-t-il assuré lundi. «Ceux-ci sont rangés dans une chambre-forte et les documents sensibles sont eux-mêmes placés dans un coffre-fort situé dans cette chambre-forte», dit-il.

Le sujet, passé inaperçu en cette fin de vacances, a toutefois été évoqué au kern de vendredi.

Ces explications ne satisfont pas Alain Destexhe qui s'étonne que le GIA ne dispose pas de système d'alarme, l'installation de celui-ci n'étant prévue que dans le courant de 2007 alors que le GIA a emménagé rue de la Loi en mai 2005. Un nouveau service, l'Organe de coordination pour l'analyse de la menace (Ocam), est appelé à prendre la relève du GIA début décembre. Mais son directeur n'a pas encore été nommé, de même d'ailleurs que le futur patron de la Sûreté de l'Etat.

Un service qui déménage

La faille du système réside en partie dans le fait que le GIA a déménagé plusieurs fois ces dernières années. Selon un habitué des lieux, la sécurité était mieux assurée dans ses anciens locaux de la rue de Louvain où une garde de nuit était assurée. Mais la régie des Bâtiments a demandé à deux reprises au moins au GIA de plier bagages, soit parce que le bail venait à échéance, soit parce que l'immeuble devait être rénové. Se pose aussi la question de la protection des services sensibles de l'Etat: en mars 2005 déjà, les locaux du Comité P (contrôle des services de police) avaient été cambriolés.

Depuis vendredi, le GIA est un peu mieux protégé à la rue de la Loi, assure M.Verheyden, ce qui n'a pas empêché lundi une équipe de RTL d'entrer caméra au poing dans l'immeuble et de prendre tout simplement l'ascenseur. «Il faudra peut-être encore déménager», lâche le chef du GIA, devant le déballage médiatique dont son service ultra-secret a fait hier l'objet.

Alain Destexhe a lui demandé une réunion de la Commission Justice et Intérieur du Sénat, que la rebuffade de Didier Reynders (ministre en charge de la régie des Bâtiments) risque de torpiller.

© La Libre Belgique 2006