Pas d'angélisme: c'est un groupe criminel et terroriste

La Belgique "découvre" le DHKP-C dans la nuit du 26 au 27 septembre 1999, à la faveur d'un incendie. L'appartement conspiratif que neuf de ses membres occupent à Duinbergen (Knokke-Heist) livre ses secrets: faux papiers, matériel radio, littérature de propagande, armes de poing et mitraillette à silencieux. On apprend alors qu'il s'agit d'un mouvement d'extrême gauche turc né en 1978 d'une scission du mouvement "Dev-

Yol" ("Voie révolutionnaire"), sous le vocable de "Devri-Sol" ou "Dev-Sol" ("Gauche révolutionnaire") et spécialisé dans la guérilla urbaine. Il sera rebaptisé "Devrimci Halk Kurtulup Partisi-Cephesi", ou DHKP-C ou encore "Parti-Front Révolutionnaire de Libération du Peuple", en 1994.

Un mouvement dur

Il a revendiqué plusieurs attentats commis contre des intérêts français, anglais et américains durant la guerre du Golfe de 1991. Il s'en prend volontiers à des symboles de l'Etat turc et tue parfois dans les bus stambouliotes.

En 2001, on passe aux attentats-suicides, avec par exemple 3 morts le 10 septembre à Istanbul, l'attentat étant revendiqué... au départ de Bruxelles ! En mai 2002, l'Union européenne l'inscrit sur sa liste des organisations terroristes, rejoignant les Etats-Unis. Son financement ? Dans un procès ouvert contre 24 membres du DHKP-C en février 2000 à Paris (pour association de malfaiteurs en relation avec une entreprise terroriste et pour une rivalité violente avec une faction concurrente), on évoquait, en marge de l'accusation, "des procédés couramment employés par des organisations terroristes moyen-orientales", à savoir le racket, le hold-up et le trafic de stupéfiants.

Cela n'a pas été reproché aux membres du DHKP-C résidant en Belgique. En revanche, la famille d'Ozdemir Sabanci, l'un des industriels turcs les plus importants, accuse l'une des personnes arrêtées à Duinbergen, Fehriye Erdal, d'être complice d'un triple assassinat commis le 9 janvier 1996 à Istanbul. M. Sabanci avait été abattu en même temps que Haluk Gorgün et Nilgün Hasefe - grande amie d'Erdal... -, présents au "Sabanci Center". Si Erdal nie (contre l'évidence des caméras), la Turquie et la famille Sabanci ont tout fait pour obtenir son extradition. En vain.

Tout cela prit même forme de saga, après de longues tribulations judiciaires et après que l'intéressée eut été placée en résidence surveillée et secrète. Une saga qui empoisonne les relations belgo-turques, à tel point que, après que Fehriye Erdal eut pris la fuite avant le prononcé du jugement de Bruges (et non de Gand, comme écrit précédemment par erreur), le 28 février 2006, et après que son comparse Bahar Kimyongur eut été arrêté deux mois plus tard aux Pays-Bas sous mandat international turc, il fut dit que c'était pour "corriger" l'image de la Belgique. Vrai ou faux, c'est précisément là où réside la pierre d'achoppement actuelle, même si les Néerlandais avaient libéré Kimyongur en juillet dernier en précisant que le grief relevait de la liberté d'expression, non du terrorisme.

C'est que le DHKP-C a son aile brutale (il a déjà été condamné aux Pays-Bas en tant qu'organisation criminelle, pour intimidation et extorsion avec violence), mais également sa façade légale, ainsi qu'une représentation dans le quartier européen, à Bruxelles.

Laquelle pose question: après que Bruges eut condamné 7 des 11 prévenus en qualifiant leur mouvement de terroriste, certains s'attendaient à ce qu'elle soit fermée - ce qu'elle n'est pas. D'autant que, à Bruges, le parquet avait révélé que le DHKP-C avait monté un camp de "formation" à Stavelot et qu'il avait subi des plaintes pour extorsion, notamment à Anvers et Hasselt... Si l'on sait de surcroît que la Sûreté de l'Etat avait déjà noté divers méfaits (comme des cocktails Molotov contre les bureaux bruxellois des "Turkish Airlines", en 1992), il faut admettre que l'angélisme qui consisterait à exonérer le DHKP-C de son caractère criminel et terroriste serait tout à fait déplacé.

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