Le PS sortira-t-il un jour des affaires ?

ANALYSE FRANCIS VAN DE WOESTYNE

C'est comme si tout était à recommencer. Le PS va-t-il vivre une nouvelle année horrible, comme celle qui s'était ouverte, en septembre 2005, lors de la mise au jour du scandale de "La Carolo", année horrible que l'on croyait close avec les élections communales ? Le PS se cherche un avenir pour faire oublier son passé. Y parviendra-t-il ? Tentons de répondre à 4 questions.

Le PS est-il encore un parti malade, mérulé à certains endroits ? Sa convalescence se prolonge et il n'est pas encore assez guéri de ses maux anciens pour éviter toute rechute. Depuis une quinzaine d'années, le PS est souvent aux urgences. Après les scandales liés à son financement, le Parti socialiste avait, tant bien que mal, tiré un trait sur un passé trouble et tenté de séparer le bon grain de l'ivraie.

A la fin des années 90, tout fut mis en oeuvre pour reconstruire une nouvelle image : propre et proche. En 2005, la mise au jour des scandales carolos a presque réduit à néant cette image, alors que des mesures réelles de rénovation avaient été appliquées (transparence, démocratie interne, ouverture).

Elio Di Rupo est-il contesté ? Officiellement non. Le pouvoir et l'autorité d'un président du PS ont rarement été aussi grands et aussi forts qu'aujourd'hui, même du temps où le parti était plus puissant sur le plan électoral (sous Cools ou Spitaels). Car au temps de ces chefs absolus, les contre-pouvoirs étaient bien réels et se faisaient entendre. Aujourd'hui, Elio Di Rupo a fait taire les divisions, soit par la conviction, soit par la force, soit en accordant à ces rebelles (José Happart par exemple) des fonctions qui ne les autorisent plus à contester.

Si Di Rupo conserve quelques opposants, c'est auprès de certains vieux barons, que les réformes présidentielles bousculent et dérangent mais aussi auprès de ceux qui le trouvent parfois timide ou timoré dans ses coups de gueule. Certains ministres ou haut gradés actuels par exemple, ceux qui ont fait une carrière sans tache, lui demandent souvent de faire preuve de plus de sévérité envers les fauteurs de trouble. Or il lui faut parfois bien longtemps avant de poser des "gestes forts", même si l'expression est souvent galvaudée.

Sa position est souvent stratégique car il sait que ces parvenus dont il veut se débarrasser sont aussi d'énormes faiseurs de voix. Il est intéressant (et désolant de constater qu'à Charleroi, par exemple, les papes et les papesses de la rénovation se sont cassé les dents aux élections communales. Même après les scandales qui ont secoué Charleroi, les rénovateurs ont été boudés par les électeurs qui leur ont préféré les éléphants ou les "fils de".

Et qu'on le veuille ou non, c'est avant tout aux résultats électoraux que l'on mesure la santé d'un parti et d'un président de parti. A court terme en tout cas. Sur ce point, les élections locales l'avaient ragaillardi. Une question, quand même : combien de temps encore Di Rupo voudra-t-il présider ce parti-là ? Certains signes de fatigue sont tangibles.

Comment se dessine l'avenir du PS ? Le temps peut jouer en faveur du PS. Il viendra bien un jour, dit-on, où l'on aura définitivement tourné la page des affaires, souvent de bien vieilles affaires mais que la justice fait remonter à la surface aujourd'hui. Dans ce PS dont certains rêvent, il n'y aurait donc plus de place pour ces mandataires louches pour qui la politique est l'art de s'enrichir personnellement. Quand ? Un an, cinq ans, dix ans ? Trop tard. Car il est évident qu'un PS ainsi régulièrement touché par les affaires finira par se rendre impopulaire voire infréquentable pour les autres partis. La dernière affaire à Charleroi a réalimenté, en Flandre, le discours de ceux qui juge le PS responsable du mal wallon. Ce parti, jugent les éditorialistes, maintiendrait le Sud du pays dans un état de dépendance par rapport à la Flandre. Ce qui la pousse à revendiquer toujours plus d'autonomie.

Au suivant ? Le PS croise les doigts pour que la série infernale s'arrête. Rovillard, Anselme, Close, Van Gompel: cela fait beaucoup. Beaucoup trop.

A Charleroi, Di Rupo a d'abord privilégié la voix diplomatique. Mais si, dans le choix des hommes et des femmes qui gouverneront la ville demain, un pas en arrière devait être accompli, sous l'oeil bienveillant de Jean-Claude Van Cauwenberghe, président de l'Union socialiste communale, il n'hésiterait pas, dit son entourage, à agir, voire à sanctionner. Il faudra des signes évidents de renouveau: les voix de préférence ne seront pas le seul élément déterminant dans l'attribution des postes d'échevins, a-t-il prévenu. Une manière certaine d'écarter une populaire mais bien légère Alisson De Clercq, la fille du député permanent déchu.

Même si le calendrier judiciaire - que l'on voudrait croire indépendant de la politique - a laissé un répit au PS pendant la campagne électorale et le frappe suffisamment tôt pour ne pas perturber la campagne électorale suivante, le Parti socialiste est aujourd'hui un parti groggy..Compte tenu de son pouvoir et de son emprise, c'est tout le Sud du pays qui est fragilisé.

© La Libre Belgique 2006