Lendemains incertains au PS

Les appels du pied d'Elio Di Rupo n'y auront rien changé : la majorité absolue PS devra terminer seule son parcours du combattant. MR et CDH ont refusé de jouer les utilités dans la majorité sortante.

Philippe Mac Kay
Lendemains incertains au PS
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Les appels du pied d'Elio Di Rupo n'y auront rien changé : la majorité absolue PS devra terminer seule son parcours du combattant. Le président du PS aurait souhaité que, dès à présent, les partenaires MR et CDH de demain s'associent à la fin de la législature, mais il s'est heurté à un refus poli mais ferme tant du côté du CDH, que chez les libéraux de Chastel. Le collège en "affaires courantes" que préside désormais Jean-Pol Demacq achèvera la législature sans rien décider de fondamental : plus question d'approuver des comptes, pas plus que de voter des modifications budgétaires. Visiblement, même s'il reste extérieur au collège, Jean-Claude Van Cauwenberghe a indiqué, samedi soir, la route à suivre, quitte à devoir insister.

Apparemment, certains échevins à qui on faisait valoir leur responsabilité collégiale, ont feint un moment d'avoir oublié les dossiers qui valent au bourgmestre de se trouver inculpé. Mais ce qui vient d'arriver à Jacques Van Gompel a appris au collège échevinal à ne plus prendre pour argent comptant les dossiers ficelés d'avance que lui fournit l'administration. C'est promis, on vérifiera tout. De quelle manière ?

Deux thèses semblaient s'affronter. Dans l'immédiat, la majorité sortante a confié à un haut fonctionnaire, Ivano De Biasio, une mission interne de surveillance, qui doit l'amener à dénoncer au parquet de Charleroi le moindre fait suspect. C'est, avant la lettre, une forme d'audit interne, relatif aux dossiers en cours. L'autre thèse, c'est celle de l'audit externe, demandé par les partenaires de demain. On voit mal le MR y renoncer. Cette opération "mains propres" devrait dissuader les fonctionnaires éventuellement tentés de toute velléité de dérapage. Elle ne pourrait se baser sur une seule surveillance interne, sous peine de ne pas être crédible. Et surtout, l'imaginer externe sera le meilleur moyen de prouver que chacun des partenaires tient à la mise en oeuvre de ce "livre blanc de la nouvelle gouvernance", socle de la majorité communale tripartite.

Léon Casaert

Tripartite ou pas, le PS n'est pourtant pas sorti de l'auberge, et le seul fait de s'être allié à d'autres ne le débarrasse pas de ses problèmes internes. Le premier consiste à savoir qui sera bourgmestre. Le décret Courard est désormais ce qu'on sait : c'est l'élu qui a, sur la liste PS, recueilli le plus de voix après Jacques Van Gompel qui doit devenir bourgmestre. Léon Casaert, échevin sortant du 3e Age et de l'Economie sociale, est donc potentiellement bourgmestre. Quelle que soit son indéniable popularité, on se pose notamment du côté du PS la question de savoir s'il dispose bien de toute la largeur d'épaules nécessaire à la fonction. Alors que Charleroi veut rebondir demain et se donner une image positive de renouveau, Léon Casaert est-il bien le meneur d'hommes et le chef d'équipe qui correspond le mieux au profit attendu ? Samedi soir, Jean-Claude Van Cauwenberghe se montrait évasif. A l'évidence, le PS se cherche une porte de sortie, qui respecte la loi tout en ménageant l'honneur et la susceptibilité d'un élu qui revendique la fonction due à son score. Si Léon Casaert refuse le poste, le décret est ainsi fait qu'il ne peut être échevin. Que peut-on lui trouver, qui serve de compensation ? On évoquait une présidence du CPAS, mais les têtes pensantes du PS se sont donné quelques jours encore pour y réfléchir. Un temps qui sera plus que probablement mis à profit pour tenter de le convaincre, à moins qu'on se contente de l'entourer d'un "cabinet politique" fort, qui compense les manques qu'on discerne chez lui.

© La Libre Belgique 2006