La RTBF lâche une bombe

La chaîne publique a provoqué un vent de panique, mercredi soir. Une émission, camouflée en docu-fiction, a mis en scène la fin de la Belgique. Le procédé a heurté et dynamité le débat. Objectif visé par la RTBF... Edito: Et si la Belgique éclatait?Vos réactions suite à cette émission sur notre FORUM Ecouter la réaction de José Happart sur les antennes de Ciel Radio. Ecouter la réaction de Didier Reynders sur les antennes de Ciel Radio

La RTBF lâche une bombe
©BELGA
Pierre-François Lovens

Les téléspectateurs branchés sur la une (RTBF) pensaient vivre une soirée tranquille, mercredi. Avec un menu somme toute classique : "Questions à la une", suivi d'un prolongement de l'émission à succès "Moi, Belgique".

Sur le coup de 20h20, on a bien eu droit au générique de "Questions à la une"... A 20h21, l'image se brouille. On se retrouve brutalement projeté dans le studio du Journal télévisé pour une "émission spéciale", avec un François De Brigode d'humeur grave. En prélude, une brève mention barre l'écran : "Ceci n'est peut-être pas une fiction". Dans un coin du même écran, les plus attentifs auront peut-être déjà flairé la supercherie en repérant le logo du magazine "Tout ça (ne nous rendra pas le Congo)".

Le présentateur du JT balance alors l'info justifiant cette interruption des programmes : "La Flandre a proclamé unilatéralement son indépendance". En direct du Palais royal, le journaliste Frédéric Gersdoff enchaîne : le roi Albert II aurait annoncé son impossibilité de régner. Voire quitté le pays. "La Belgique a cessé d'exister", annonce un de ses collègues depuis le Parlement flamand. Le séparatiste flamand Jean-Marie Dedecker fait des petits bonds. Le wallingant Jean-Marie Happart n'est pas en reste.

A l'écran, un numéro d'appel est incrusté. Il sera pris d'assaut durant plus d'une heure. A la rédaction de "La Libre", des dizaines de coups de téléphones de gens ébahis. Et forcément crédules. Un forum lancé sur notre site Internet est, lui aussi, pris d'assaut. Les réactions sont très majoritairement indignées. Les premiers communiqués de presse de personnalités politiques tombent, avec la même indignation.

Peu avant 21 heures, un bandeau apparaît en bas d'écran : "Ceci est une fiction". La rumeur parle d'une intervention du Palais; on nous assure plutôt que le Palais a été averti quelques minutes avant la diffusion de la nature du programme...

"Pas un canular"

Tout a été rondement mené. Et pour cause : l'opération, tenue secrète jusqu'à 20h21, était en préparation depuis plusieurs mois au sein de la RTBF. Sa réalisation est l'oeuvre de Philippe Dutilleul, habitué de reportages dans les magazines "Strip-Tease" et "Tout ça". "Ce n'est pas un canular mais un documentaire-fiction ayant pour but de susciter le débat", assurera-t-il plus tard lors d'un débat. Jean-Paul Philippot, patron de la RTBF, abondera dans le même sens : "Notre travail est de décoder, montrer, donner des clés pour se faire sa propre opinion. La démarche est journalistique". Au même moment, la ministre de l'Audiovisuel Fadila Laanan (PS) annonce la convocation de M.Philippot. La bombe ertébéenne pourrait encore faire des dégâts.

© La Libre Belgique 2006


Le coup de fil qui rassure Même si l'on était au courant du sujet du "Question à la Une" de ce mercredi 13, il faut bien reconnaître que l'on a été surpris par le spectaculaire coup de bluff de nos collègues de la RTBF. Non, nous n'étions pas le 1er avril. Et, non, bien sûr, il ne s'agissait pas de la réalité. Très vite, cependant, on s'est mis à la place du téléspectateur zappeur, non prévenu du thème de l'émission et ayant raté son générique et, surtout, la bande déroulante "ceci n'est peut-être pas une fiction" qui lui aurait mis la puce à l'oreille. On s'est donc mis dans la peau de ceux qui, très légitimement ont cru ce qu'ils voyaient. Et qui, sans nul doute ont été interloqués en tombant sur cette émission spéciale relatant la sécession de la Flandre. Certains seront certainement tombés de leur divan, d'autres auront avalé de travers leur café. La plupart, à peine remis de leurs émotions, se seront vraisemblabement rués sur leur téléphone pour appeler le Centre d'appel mis en place par la télévision francophone. Pour savoir ce qu'ils entendraient, on a alors formé le 070.22.20.22. Occupé, bien sûr. Après moult essais, une voix. Qui confirme qu'il s'agit bel et bien d'une fiction. Et que si l'on veut réagir, on peut former un autre numéro. Heureusement, le coût de cet appel est minime. Manquerait plus qu'il ait été élevé !

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