Les Fagnes menacées ?

Selon certains spécialistes, les tourbières des hauts plateaux belges pourraient disparaître d'ici 50 ans. Mais ces prédictions sont vivement contestées. L'assèchement de la zone serait davantage dû aux épicéas qu'au réchauffement.

Les Fagnes menacées ?
©Jean-Luc Flémal
X.Du.

Qui ne connaît les Hautes-Fagnes, le sommet de la Belgique où les excursions d'écoliers font halte après avoir visité un peu vite le barrage de la Gileppe et son immense lion ? Qui n'a pas passé des heures à se perdre sur ses sentiers de caillebotis instables sur le sol spongieux des tourbières ?

Ce paysage typique de l'est de la Belgique, culminant à près de 700 mètres d'altitude et vieux de 7000 ans, est unique sous cette latitude en Europe. Mais il serait également en danger. Le rapport réalisé conjointement par Greenpeace et l'Université catholique de Louvain (LLB de samedi), s'attarde sur l'impact dommageable que pourrait générer le changement climatique sur ce biotope atypique.

Vers une banalisation

Comme on le sait, les climatologues prévoient à terme dans notre pays des hivers plus humides, des étés plus secs et des températures plus élevées tout au long de l'année. Durant la période estivale, il faudrait donc s'attendre à une évaporation plus importante qui ne devrait pas pouvoir être compensée par des pluies plus abondantes. "Les changements climatiques ont donc comme effet premier de contribuer à l'assèchement, lequel est déjà un problème majeur actuellement", dû notamment aux drainages des sols. "Les conséquences sont une aggravation des tendances observées jusqu'à présent, dont la régression [...] d'une végétation caractéristique [qui] est alors remplacée par des espèces plus capables de s'enraciner profondément et plus tolérantes au changement, avec à terme un envahissement par des graminées et des arbustes" peut-on lire dans le rapport. Bref, la végétation menace de se banaliser et avec elle finalement, l'allure générale de l'ensemble de la région.

Autre impact soulevé : la réduction de la couverture neigeuse. Actuellement, le plateau est recouvert par la neige environ 70 jours par an. Le réchauffement réduira en toute logique cette période, ce qui aurait pour effet de perturber le mode de vie de plusieurs espèces animales que l'on trouve uniquement à cet endroit. Le rapport cite à cet égard le déclin du tétras-lyre (ou petit coq des bruyères), même si, ici, d'autres causes peuvent également être évoquées.

Pour les auteurs de l'étude, si l'on n'y prend pas garde, "le scénario le plus vraisemblable est que les restes de tourbières encore intactes disparaîtront dans les 20 ou 50 ans à venir. Les tourbières ne pourraient pas non plus résister indéfiniment à la seule modification du climat, impliquant à terme un assèchement important."

"Aucun impact"

Loin de nier l'existence des changements climatiques actuels, le son de cloche se fait nettement plus nuancé à la Station scientifique des Hautes-Fagnes, antenne locale de l'Université de Liège implantée au Mont Rigi, à un jet de pierre du Signal de Botrange.

Pour le Dr Louis Leclercq, responsable de la station, si les tourbières s'assèchent effectivement, ce n'est pas à cause du climat, mais du système de drainage qui a été mis en place dès 1850 par les hommes pour gagner des terres arables et planter des épicéas. La pollution des pluies azotées et le sel de déneigement chargé jusqu'il a peu en calcium, pour les zones proches des axes routiers, seraient également dommageables. "En réalité, il n'y a aucun impact visible que l'on puisse imputer aux changements climatiques à l'heure actuelle", affirme le scientifique. Et d'avancer des chiffres : entre 1950 et 2000, le niveau des pluies est resté stable (1450 mm par an). Quant aux températures moyennes, elles ont augmenté d'un 1/2° entre les périodes 1950-1980 (6,2° C) et 1970-2000 (6,7° C). Pour lui, c'est clair, il n'est pas question "de verser dans le catastrophisme".

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