Un mercredi des Cendres bien triste

Le mercredi des Cendres, Binche ne s'ébroue que vers 10 heures. Les plus courageux se sont certes munis quelques heures plus tôt de Kärcher et autres tuyaux d'arrosage afin de nettoyer vitrines et trottoirs, mais les rues de la cité ne commencent réellement à bruisser des derniers souvenirs qu'en milieu de matinée.

P. H.

Le mercredi des Cendres, Binche ne s'ébroue que vers 10 heures. Les plus courageux se sont certes munis quelques heures plus tôt de Kärcher et autres tuyaux d'arrosage afin de nettoyer vitrines et trottoirs, mais les rues de la cité ne commencent réellement à bruisser des derniers souvenirs qu'en milieu de matinée.

D'habitude, l'on commente le feu d'artifice tiré sur la Grand-Place au terme du rondeau du Mardi gras. Ou l'heure à laquelle les derniers tambours se sont tus. Hier, les conversations étaient bien différentes.

Alors qu'il partait déposer son costume de gille chez le louageur, Pascal entend une femme dire à une autre : "C'est terrible, la mort de ce gamin de 17 ans..." Il s'approche, questionne. On lui confirme qu'il y a bien eu un mort. Mais Pascal, habitué du carnaval, a un doute. Chaque année, les rumeurs vont bon train au lendemain des jours gras. Il n'y croit donc pas trop. La rumeur est pourtant plus que persistante. Un copain gille, qui balaye les confettis devant son commerce, l'entretient du même sujet, précisant qu'il avait entendu l'info en se levant à la radio.

L'incident s'étant déroulé à quelques mètres de l'endroit où il se trouve, Pascal veut en avoir le coeur net. Le doute n'est plus permis. Quelques policiers, un camion de pompiers (afin de rechercher l'arme du crime, qui sera finalement trouvée sur une plate-forme voisine), un groupe de journalistes et, surtout, une tache de sang au milieu des confettis constituent autant de preuves. Oui, un meurtre a bien été commis à Binche. Mardi vers 23 heures, soit au moment où la plupart des sociétés de gilles se séparent de leurs musiciens dans une ambiance à la fois nostalgique et féerique.

"C'est vraiment terrible"

Un membre important de l'ADF, l'association de défense du folklore, s'approche alors de Pascal. "C'est vraiment terrible. Pour le jeune homme en premier lieu, mais aussi pour l'image de notre carnaval", soupire-t-il. Pascal le rassure. Les imbéciles sont partout. Et les carnavals ne sont pas épargnés.

Tout au long de la journée, au gré des divers débats, un sentiment émerge. Chacun regrette évidemment cette mort sordide mais tous reconnaissent que la responsabilité n'en incombe pas aux forces de police ou à la ville. Et qu'un déploiement plus massif de policiers nuirait à la sensation de liberté nécessaire à tout carnaval et n'empêcherait de toutes façons pas tous les actes de violence.

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