Pompiers et policiers se sont battus

Débordements de colère mercredi matin sur la rue Royale, à Bruxelles. Des sapeurs-pompiers venus de tout le pays ont protesté pour réclamer une plus grande considération envers la dureté de leur métier.

N. N.

Débordements de colère mercredi matin sur la rue Royale, à Bruxelles. Des sapeurs-pompiers venus de tout le pays ont protesté pour réclamer une plus grande considération envers la dureté de leur métier.

La manifestation, qui se voulait pacifique, a néanmoins dégénéré lors de l'arrivée du cortège de manifestants à l'angle de la rue Royale et de la rue du Moniteur. C'est là que se situe l'entrée de la zone neutre qui encadre le Parlement, le Palais royal et les ministères, et les manifestations y sont formellement interdites. Mais certains pompiers ont tenté de passer outre les chevaux de frise, pendant que d'autres lançaient des raccords de lance à incendie sur les policiers. Ces derniers ont alors répliqué en faisant usage de canons à eau, dont la pression a même détruit le pare-brise d'un des véhicules de pompiers.

Ces incidents ont fait trois victimes du côté des forces de l'ordre, mais également trois victimes chez les pompiers, dont un des membres a été frappé de plein fouet par une pompe à eau, ce qui a nécessité son hospitalisation à Saint-Pierre pour traumatisme crânien. Nombre de pompiers ont cependant souhaité se distancier de ces actes, qu'ils estiment contraires à l'esprit de la manifestation. Les syndicats ont eux aussi critiqué de tels comportements, intervenus entre "des services censés collaborer sur le terrai n".

Le calme est revenu peu après, et le cortège s'est progressivement disloqué vers midi.

1,50 € brut de l'heure

Laurent est sapeur-pompier volontaire à Rochefort. Comme beaucoup de ses confrères, il tenait à être là ce matin, pour exprimer son ras-le-bol : "Y'en a marre ! Ça fait deux ans qu'on nous promet monts et merveilles, et rien... On a 17 000 pompiers dans ce pays, dont 12 000 volontaires, comme moi. Et nous, on est seulement payés quand on sort, quand on est en opération".

Le salaire est une des principales pierres d'achoppement : ainsi, là où un pompier professionnel a un salaire mensuel fixe, un pompier volontaire, lui, dispose de deux salaires différents lorsqu'il effectue une mission. Premièrement, il y a le salaire "ambulance" payé par la commune, soit 1,50 € de l'heure brut en semaine, et 2,50 € de l'heure brut le week-end. Deuxièmement, le salaire "feu" payé par l'Etat, et qui concerne par exemple les incendies. Là, le sapeur-pompier volontaire gagne 12 € brut de l'heure. Enfin, les pompiers demandent la retraite à 56 ans ainsi qu'une meilleure formation de base.

Mais ce qui insupporte par-dessus tout Laurent et ses confrères, c'est le salaire "ambulance", qu'il juge "indécent et même irrespectueux", et la non-reconnaissance de la dureté de ce métier : "il est tout aussi dangereux d'être pompier volontaire que professionnel. Mais à voir la fiche de paie, on ne dirait pas...". Et si la manifestation ne produit pas l'effet prévu, que faire alors ? "Une grève nationale, comme en Angleterre. Là-bas, ça a marché. Pourquoi pas ici ?"(st.)

© La Libre Belgique 2007