Erdal : assassinat turc, procès belge

Vraiment, c'est peu dire que le cas de Fehriye Erdal aura été une épine pour la politique, la diplomatie et la justice belges, depuis son arrestation à Knokke fin septembre 1999. D'apparence angélique, cette militante du groupe d'extrême gauche turc DHKP-C partage avec celui-ci une lourde étiquette terroriste.

Roland Planchar
Erdal : assassinat turc, procès belge
©BELGA

Vraiment, c'est peu dire que le cas de Fehriye Erdal aura été une épine pour la politique, la diplomatie et la justice belges, depuis son arrestation à Knokke fin septembre 1999. D'apparence angélique, cette militante du groupe d'extrême gauche turc DHKP-C partage avec celui-ci une lourde étiquette terroriste.

De fait, le DHKP-C a été déclaré tel par la Turquie, par l'Union européenne mais également par les justices brugeoise (en première instance) et gantoise (en appel), qui ont condamné des membres du groupe en février et novembre 2006. Erdal avait pour sa part chaque fois écopé de quatre ans de prison pour association de malfaiteurs, infraction à la législation sur les armes, vol et recel.

Epine, disions-nous, notamment parce qu'elle avait pris la fuite, malgré son assignation à résidence, à la veille du jugement de Bruges, ce qui avait suscité un vif tollé. Elle est donc toujours dans la nature. Toutefois, cette condamnation n'est pas sa seule épée de Damoclès. En effet, la Turquie a plusieurs fois demandé son extradition - en vain - pour sa participation supposée au triple assassinat d'un important industriel turc, Ozdemir Sabanci, de l'un de ses collaborateurs et de sa secrétaire, le 9 janvier 1996 à Istanbul. En représailles, paraît-il, pour la mort de quatre militants du DHKP-C en prison. Bref, Erdal est accusée d'avoir, en tant que femme d'ouvrage et serveuse de thé au "Sabanci Holding" stanbouliote, participé au repérage des lieux et d'y avoir fait pénétrer les deux exécutants (dont un l'a ensuite accusée).

L'autre chambre des mises

Or, de rebondissements en rebondissements, l'affaire a finalement abouti jeudi à la chambre des mises en accusation de Gand, qui devait dire si, à défaut d'extradition, la Belgique pourrait juger elle-même l'intéressée. Eh bien oui, la juridiction belge est compétente, a répondu l'instance d'instruction, cette fois (autrement composée, elle avait précédemment dit le contraire, mais lors d'une procédure mise ensuite à néant par la Cour de Cassation).

Le dossier "assassinat", nimbé bien sûr de terrorisme, est donc renvoyé à la justice brugeoise, qui devra le fixer au rôle... si les défenseurs de Fehriye Erdal n'obtiennent pas gain de cause. C'est qu'ils ont aussitôt fait savoir qu'ils introduisaient un pourvoi en Cassation. Ils arguent entre autres que, deux demandes d'extradition étant encore pendantes, ce renvoi est impossible.

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