La Wallonie qui se veut bilingue

Le petit village de Kin est perché à flanc de colline sur les hauteurs de la vallée de l'Amblève, à quelques kilomètres d'Aywaille. Bordée de bois et de prairies, l'école communale pointe au sommet du village. L'école fait figure de dernière bâtisse avant que la petite route en lacets ne poursuive son chemin en campagne, vers d'autres hauteurs. Forum Faut-il généraliser les écoles bilingues?

françoise raes
La Wallonie qui se veut bilingue
©Jean-Luc Flémal

Le petit village de Kin est perché à flanc de colline sur les hauteurs de la vallée de l'Amblève, à quelques kilomètres d'Aywaille. Bordée de bois et de prairies, l'école communale pointe au sommet du village. L'école fait figure de dernière bâtisse avant que la petite route en lacets ne poursuive son chemin en campagne, vers d'autres hauteurs. Sur une plaque de béton accroché au mur de pierres l'inscription : "Ecole Albert Xhignesse, instituteur en chef de 1929 à 1973". Ici on ne badine pas avec les instituteurs... Et l'école s'est fait une solide réputation dans la région. "Mon prédécesseur a lancé le projet d'immersion en 2001 avec l'aide de l'échevin de l'enseignement qui est aujourd'hui notre bourgmestre" explique Alain Grignet, le directeur actuel. "Monsieur le directeur" a la barbe grisonnante et le sourire accueillant. Il appelle "M'chou", le moindre élève qui pousse le nez jusqu'à son bureau, d'un air timide. L'école communale de Kin accueille des élèves en immersion néerlandais dès la troisième maternelle depuis maintenant six ans.

Un atout pour le tourisme local

"Nombre de personnes néerlandophones vivent ou passent leurs vacances dans la région. La connaissance de la langue néerlandaise est un atout en soi mais également une nécessité pour l'économie locale. Ce parti pris était également un moyen de relancer l'école dans le village" explique le directeur. Ce dernier, passionné d'informatique, a installé des ordinateurs dans toutes les classes, les a mis en réseau et les a connectés à internet. En quelques années, l'école a doublé le nombre de ses élèves. La mise en place de l'enseignement en immersion a nécessité de doubler le cadre d'enseignants. Trois enseignantes francophones et trois enseignantes néerlandophones travaillent ici ensemble. La commune finance sur fond propre le cadre supplémentaire. Cette année, les élèves de 6 e , seront les premiers à avoir suivi un cycle complet.

"Nous avons pour projet d'école non seulement d'apprendre le néerlandais mais également d'ouvrir les élèves à l'apprentissage de la culture flamande. Nous avons un projet de classe de dépaysement vers la Flandre mais nous devons trouver les moyens pour organiser de telles activités..." explique le directeur. "En attendant, nous profitons de l'important réseau de structures flamandes locales pour y faire des activités d'immersion avec les élèves", précise Alain Grignet.

Énergie et créativité

Liliane Depauw a été une des premières enseignantes néerlandophones a rejoindre l'équipe de l'école communale de Kin. "Je suis venue en Wallonie au départ parce que mon frère y habitait. Et puis je me suis mariée moi aussi à un francophone. Nous avons une petite fille qui est à la maternelle ici", explique l'enseignante. Après 11 ans passés dans la région de Spa, la jeune femme parle avec un joyeux accent liégeois. "Travailler dans une école comme celle-ci est une expérience très enrichissante même si elle demande beaucoup d'énergie. C'est une expérience où nous devons tout inventer et où ne disposons pas encore de beaucoup de ressources. Nous sommes créatifs et nous disposons d'une grande liberté d'action mais nous sommes également beaucoup livrés à nous-mêmes" explique l'enseignante. "Je vois que les enfants s'épanouissent en néerlandais même ceux qui rencontrent des difficultés en lecture et en écriture de leur langue maternelle. Pour ceux qui rencontrent, par exemple, des problèmes de dyslexie, en néerlandais, ils restent encore dans l'oralité et se sentent les égaux des autres malgré leurs difficultés. Ils s'accrochent grâce à cela" complète l'enseignante.

Simon et Félix sont en 5e, leur copain Timothee lui a 9 ans et demi (comme il nous le précise) et est en 4e. L'école en néerlandais "c'est bien parce que ça peut nous servir quand on aura un métier" nous expliquent-ils de concerts. "On sera vraiment égaux si on cherche un travail ou que l'on va en Flandre ou en Hollande" complète Félix. "Ma soeur a un amoureux Flamand et elle parle super bien. Alors, j'aime bien d'apprendre pour pouvoir lui parler quand il vient à la maison" précise-t-il. "Nos parents essaient de comprendre quand on fait les devoir ensemble et comme ça eux aussi apprennent le néerlandais" explique Timothée. "On est allé à Comblain cette année, on a construit un radeau et puis on a descendu l'Ourthe. Ce jour-là, tout était en néerlandais. C'est ce que je préfère quand on doit parler le néerlandais pour faire quelque chose ou aller quelque part, en dehors de l'école" complète Félix. Ses deux copains sont parfaitement d'accord. "Ce week-end" raconte Simon, "j'ai été faire du bateau à Butchenbach. Là, il y avait un groupe de garçons hollandais. Ils m'ont demandé : "Spreek je Nederlands ?" et je leur ai dit : "Een beetje" nous précise-il, pas peu fier. "Mais, après, ils sont partis" termine Simon, un peu triste.Mevrouw Karin

Karine Vlaes (42 ans), enseigne depuis trois ans à l'école communale de Kin. Elle a grandi à Asse près de Bruxelles et a fait ses études d'institutrice en Flandres. "J'habite à Stavelot. Mon mari est de la région" explique l'institutrice.


Des Wallons en quête d'avenir Il y a un peu plus de deux mois nous vous invitions à parcourir une Flandre multiple, à une rencontre avec des Flamands aux opinions diverses. Une Flandre qui n'a rien d'un bloc monolithique, des Flamands qui eux aussi s'inquiètent de leur avenir et qui s'interrogent à propos de la part de destin commun qui leur reste à vivre avec Bruxelles et la Wallonie. À une semaine des élections fédérales, nous partons cette fois à la découverte de la Région wallonne et des Wallons. Loin des clichés et des a priori, c'est une terre plurielle qui apparaît, des habitants qui se mettent en quête d'avenir. Ce tour de Wallonie est fait de reportages de terrain, de rencontres et d'entretiens. Avec aussi des sondages qui portent sur des questions toutes simples, qui concernent le quotidien de chacune et chacun, la manière dont les Wallons perçoivent leur environnement, le jugement qu'ils portent sur eux-mêmes, l'avenir dont ils rêvent et les moyens qu'ils sont prêts à mettre en oeuvre pour le forger. Nous parcourrons la dorsale wallonne qui montrait il n'y a pas si longtemps la puissance économique du pays et devenue un vaste cimetière industriel dans les années 70. Qu'en est-il aujourd'hui ? Et cette Nationale 4 ? Est-elle devenue l'axe de développement dont on parle si souvent ? Nous irons aussi à l'étranger, à Londres plus précisément, rencontrer de jeunes Wallons partis chercher fortune ailleurs. Pourquoi sont-ils partis ? Que manque-t-il à la Wallonie pour qu'ils mettent leur dynamisme, leur créativité à son service ? Et ces Flamands qui s'installent, toujours plus nombreux, en terre wallonne : comment sont-ils accueillis ? Un portrait sans complaisance donc d'une Wallonie à la croisée des chemins. Un portrait qui vient à son heure et qui donne quelques pistes de réflexions à une encablure des élections. Commentaire de Michel Konen