Une élection sans grand suspense

A l'heure où vous lirez ces lignes, le boulevard de l'Empereur connaîtra le nom de son nouveau président. Car si au nord du pays, on festoyait sous un ciel brumeux en commémoration des glorieux Eperons d'or, ce 11 juillet signifiait surtout pour les militants socialistes une journée d'élection afin de choisir un nouveau président pour le parti.

REPORTAGE GRÉGOIRE COMHAIRE

A l'heure où vous lirez ces lignes, le boulevard de l'Empereur connaîtra le nom de son nouveau président. Car si au nord du pays, on festoyait sous un ciel brumeux en commémoration des glorieux Eperons d'or, ce 11 juillet signifiait surtout pour les militants socialistes une journée d'élection afin de choisir un nouveau président pour le parti.

Un scrutin sans grand suspense, et ce malgré la présence cette fois-ci d'un challenger en la personne de Jean-Pierre De Clercq, dont le véritable enjeu devait surtout être l'ampleur du plébiscite pour le président sortant Elio Di Rupo, alors que son parti traverse en ce moment une douloureuse phase de remise en question.

A Charleroi pourtant, fief de Jean-Pierre De Clercq et berceau des scandales qui ont récemment entaché l'image du parti, on a parfois encore du mal à digérer la mise sous tutelle de la fédération et la mise à l'écart du collège échevinal opérée par le président. Ambiance dans un bureau de vote.

Nous sommes Place Charles II, juste en face du fameux Hôtel de Ville qui fut au coeur de la tourmente. En ce début d'après-midi, la foule ne se presse pas encore pour voter à la Maison des 8 heures où attendent au fond de la salle trois assesseurs, deux piles de bulletins et une grosse urne pour permettre aux militants carolos de venir s'exprimer. "Vous prenez le crayon rouge et vous vous installez au coin de la table !", explique la présidente du bureau au premier électeur venu se présenter. Pour qui a-t-il voté ? "Le vote est secret", répond-il, amusé, avant de nous confier que beaucoup de gens à Charleroi sont "déçus". Pas besoin d'en dire davantage, sinon qu'ici plus qu'ailleurs, tout le monde n'a pas apprécié la "reprise en main" opérée par Elio Di Rupo après les "affaires" qui ont secoué la ville.

"Moi je vote pour Elio", s'exclame par contre cette militante. "J'ai vu le travail remarquable qu'il a fait au milieu de toute cette pagaille et je n'admets pas toute cette manipulation pour qu'on vote pour l'autre." Voila qui est dit. "D'habitude je ne me déplace jamais", nous confie son amie qui l'accompagne, "mais là c'est différent : le président a vraiment besoin de notre soutien."

Et ainsi de suite se succède à la table, tout ce que la section carolo compte de membres socialistes. "On attend le rush après quatre heures, quand les bureaux de l'administration communale vont fermer", explique un assesseur. En attendant, c'est un électeur en colère qui s'exprime en glissant son bulletin dans l'urne. "Elio Di Rupo nous a trahis, en refusant de voir que la population s'est exprimée sans discontinuité pour une majorité socialiste à Charleroi depuis 1982." Allusion faite à la perte du mayorat, difficile à comprendre dans ce bastion socialiste de la première heure. "On nous a abandonnés", s'exprime enfin cette dame, cochant pourtant la case "Di Rupo" sur son bulletin. "Il faut continuer à se battre pour Charleroi". Un appel qu'entendra peut-être le vainqueur.

© La Libre Belgique 2007