"Je veux voir mon papa"

La situation est dure et se dégrade encore pour Angelica, 11 ans. Elle devrait être expulsée avec sa mère lundi. A moins d'une intervention du ministre de l'Intérieur ? "Nous avons fondé une famille ici"L'enfermement des mineurs est en hausseFaut-il expulser Angelica ? Réagissez sur notre nouveau forum

Grégoire Comhaire
"Je veux voir mon papa"
©D.R.

Le sort d'Angelica et celui de sa mère n'en finissent plus de susciter remous et émotion, alors que l'arrêt de la chambre des mises en accusation de Bruxelles, tombé jeudi et qui ordonne leur maintien en centre fermé, ne laisse désormais entrevoir que peu d'espoir pour une issue favorable aux deux Equatoriennes.

Alors que, hier encore, une délégation de parlementaires Ecolo et Groen ! s'était rendue au centre fermé 127bis de Steenokerzeel pour rendre visite à la petite fille de 11 ans et à sa mère pour en appeler à "un minimum d'humanité" de la part du ministre de l'Intérieur, Patrick Dewael (Open VLD), c'est aujourd'hui Claude Lelièvre, délégué général aux droits de l'enfant, qui s'est rendu auprès de la petite et de sa mère, accompagné d'une pédiatre et d'une juriste.

A leurs côtés, Jean Demannez, bourgmestre (PS) de la commune de Saint-Josse où habite et est scolarisée la petite, ainsi que Benoît Drèze (CDH) et les deux sénatrices nouvellement élues Anne Delvaux (CDH) et Carine Russo (Ecolo).

Les deux femmes sont ressorties de cette visite choquées, tant par la situation de détresse d'Angelica que par les conditions de détention dans lesquelles elle et les douze autres enfants du centre fermé se trouvent plongés.

"On est en train de traumatiser des enfants", s'est exclamée Anne Delvaux, très émue. Carine Russo ajoutait que les conditions d'enfermement à l'intérieur étaient très proches de celles des milieux carcéraux et qu'il était extrêmement pénible d'y voir évoluer des enfants.

"Angelica a du mal à faire la part des choses entre ceux qui l'ont enfermée et ceux qui, comme nous, sont là pour l'aider", a-t-elle expliqué.

"On se rend compte que beaucoup là-dedans parlent parfaitement le français ou le néerlandais", a ajouté, Anne Delvaux, montrant combien - pour Angelica comme pour de nombreux autres enfants d'illégaux parfaitement intégrés dans notre pays - pouvait être brutale l'expulsion vers un pays dont ils ne connaissent parfois que très peu de chose.

"Tous ces événements lui laisseront des séquelles béantes pour le reste de sa vie. Rien ne pourra réparer le mal qu'on lui a fait ces dernières semaines", nous a confié un membre de la famille.

Psychologiquement très affectée par sa détention, Angelica pleure également beaucoup d'avoir perdu le contact avec son papa. Lui aussi en séjour illégal, le père de la petite, qu'il continuait à voir trois fois par semaine bien qu'il soit séparé de la mère, vit désormais caché, effrayé à l'idée de pouvoir être aussi arrêté et de subir le même sort que sa fille et son ex-épouse.

Désormais, seule une mesure de clémence du ministre de l'Intérieur Patrick Dewael (Open VLD) pourrait empêcher l'expulsion d'Ana et d'Angelica vers l'Equateur, prévue lundi en fin de journée.

A l'issue de sa visite au centre fermé, Claude Lelièvre a quant à lui appelé à surseoir à cette expulsion. Il annonce un rapport.

© La Libre Belgique 2007


Semira, Tabitha, Angelica : ça suffit PAR JEAN-CLAUDE MATGEN Il y a eu Semira Adamu ; il y a eu Tabitha, cette fillette de 5 ans enfermée en Belgique puis refoulée vers le Congo sans considération pour son jeune âge, sa fragilité et sa dignité d'enfant. Y aura-t-il désormais Angelica ? On peut le craindre car la Belgique ne semble pas avoir compris la portée de l'arrêt rendu fin 2006 par la Cour européenne des droits de l'homme. Celle-ci avait, de façon cinglante, condamné l'Etat belge pour avoir agi comme il l'a fait à l'égard de Tabitha, dont le sort est devenu emblématique de celui des mineurs étrangers non accompagnés. Contrairement à sa "soeur en humiliation", Angelica n'a pas encore été expulsée et elle se trouve en compagnie de sa mère, sous le coup d'une détention administrative. Mais son sort est comparable à celui de Tabitha et l'on constate que notre pays demeure enfermé dans sa logique de sévérité aveugle à l'égard d'étrangers suspectés de venir chercher refuge en Belgique, même si, signe d'adoucissement, la tutelle des mineurs non accompagnés a été récemment aménagée. S'agissant de Tabitha, Strasbourg avait dénoncé le fait qu'elle avait été détenue dans un centre conçu pour les adultes. Or c'est ce qui arrive à Angelica. On peut dire pour elle, comme les juges strasbourgeois l'avaient fait pour Tabitha, que les autorités belges ont manqué à son égard d' humanité. Le malaise d'aujourd'hui est donc de la même teneur que celui qui régnait à l'époque. Les parents des mineurs enfermés sont des étrangers tantôt sans papiers, tantôt demandeurs d'asile en attente. Leur détention, c'est le mot qui convient, peut durer jusqu'à cinq mois. Dans la mesure où ils n'ont commis aucune infraction, on doit s'indigner de ce traitement inapproprié. Quand celui-ci touche des enfants, on est dans le domaine du scandaleux. Différentes actions judiciaires sont en cours et l'Etat risque de nouveaux camouflets, sauf si le futur gouvernement trouve sans délai une solution à ce douloureux problème. Le Centre pour l'égalité des chances, organisme tout ce qu'il y a d'officiel, l'y invite. Son appel et celui de tous ceux qui se mobilisent pour une juste cause doivent être entendus.

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