"Nous avons fondé une famille ici"

Derrière les barreaux du centre 127 bis de Steenokerzeel, Ana Cajamarca ne parvient pas encore à s'imaginer construire une nouvelle vie pour sa fille, là-bas en Equateur, où l'Office des Etrangers s'apprête à les expulser lundi après-midi.

Grégoire Comhaire

Derrière les barreaux du centre 127 bis de Steenokerzeel, Ana Cajamarca ne parvient pas encore à s'imaginer construire une nouvelle vie pour sa fille, là-bas en Equateur, où l'Office des Etrangers s'apprête à les expulser lundi après-midi.

Et pour cause. Depuis leur arrivée, il y a quatre ans, la Belgique est devenue à bien des égards leur pays, celui où elles ont construit leur vie, loin de Cuenca, la petite ville andine dont elles sont originaires.

Scolarisée à l'école Henri-Brick de Saint-Josse (Bruxelles), la petite Angelica vivait une existence heureuse avec sa mère et le compagnon de cette dernière, rue de la Ferme, au coeur d'un quartier connu pour son métissage et sa convivialité.

Elle continuait de voir son père régulièrement, fréquentait les scouts et la paroisse de son quartier. A entendre son bouleversant témoignage, diffusé par Bel-RTL jeudi matin, et à remarquer son aisance à s'exprimer en français, on peut imaginer à quel point cette petite devait se sentir ici chez elle, à l'instar de tous les autres enfants de sa classe.

"Nous avons fondé une famille ici", explique à "La Libre" Leon Diario Ruiz, le compagnon de la mère, un Colombien naturalisé Belge. Le couple était heureux et avait des projets de mariage.

Intégration pleine et réussie donc, à un détail près : Angelica est "illégale", sa mère n'étant pas demandeuse d'asile et n'ayant entamé aucune démarche de régularisation durant toutes ces années.

Le 30 juin dernier, donc, alors qu'Ana se rend à Dilbeek avec sa fille pour rendre visite à une amie, la police les contrôle à la sortie du tram et les embarque immédiatement vers le 127 bis.

Toutes ces années de vie patiemment construites s'arrêtent ainsi brutalement. Angelica, qui avait prévu de faire un stage cet été, vient de passer le mois de juillet derrière les barreaux, a vu sa maman être arrêtée et menottée et vit, désormais, dans le stress et le bruit des avions qui ne cessent d'atterrir non loin de là sur la piste de l'aéroport de Zaventem.

Une vie et une famille brisée qui, loin de l'autre côté de l'Atlantique, a ému l'Equateur, dont 6 000 ressortissants vivent actuellement sur notre territoire... dans la clandestinité. Le président Rafaël Correa, qui leur avait rendu visite la semaine dernière, a d'ores et déjà annoncé qu'il les accueillerait personnellement à l'aéroport si elles venaient à être expulsées. En attendant, la mobilisation en leur faveur se poursuit sans relâche.

© La Libre Belgique 2007

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