Semira, Tabitha, Angelica : ça suffit

Il y a eu Semira Adamu ; il y a eu Tabitha, cette fillette de 5 ans enfermée en Belgique puis refoulée vers le Congo sans considération pour son jeune âge, sa fragilité et sa dignité d'enfant. Y aura-t-il désormais Angelica ?

PAR JEAN-CLAUDE MATGEN

Il y a eu Semira Adamu ; il y a eu Tabitha, cette fillette de 5 ans enfermée en Belgique puis refoulée vers le Congo sans considération pour son jeune âge, sa fragilité et sa dignité d'enfant. Y aura-t-il désormais Angelica ?

On peut le craindre car la Belgique ne semble pas avoir compris la portée de l'arrêt rendu fin 2006 par la Cour européenne des droits de l'homme. Celle-ci avait, de façon cinglante, condamné l'Etat belge pour avoir agi comme il l'a fait à l'égard de Tabitha, dont le sort est devenu emblématique de celui des mineurs étrangers non accompagnés.

Contrairement à sa "soeur en humiliation", Angelica n'a pas encore été expulsée et elle se trouve en compagnie de sa mère, sous le coup d'une détention administrative. Mais son sort est comparable à celui de Tabitha et l'on constate que notre pays demeure enfermé dans sa logique de sévérité aveugle à l'égard d'étrangers suspectés de venir chercher refuge en Belgique, même si, signe d'adoucissement, la tutelle des mineurs non accompagnés a été récemment aménagée.

S'agissant de Tabitha, Strasbourg avait dénoncé le fait qu'elle avait été détenue dans un centre conçu pour les adultes. Or c'est ce qui arrive à Angelica. On peut dire pour elle, comme les juges strasbourgeois l'avaient fait pour Tabitha, que les autorités belges ont manqué à son égard d' humanité. Le malaise d'aujourd'hui est donc de la même teneur que celui qui régnait à l'époque.

Les parents des mineurs enfermés sont des étrangers tantôt sans papiers, tantôt demandeurs d'asile en attente. Leur détention, c'est le mot qui convient, peut durer jusqu'à cinq mois. Dans la mesure où ils n'ont commis aucune infraction, on doit s'indigner de ce traitement inapproprié. Quand celui-ci touche des enfants, on est dans le domaine du scandaleux. Différentes actions judiciaires sont en cours et l'Etat risque de nouveaux camouflets, sauf si le futur gouvernement trouve sans délai une solution à ce douloureux problème. Le Centre pour l'égalité des chances, organisme tout ce qu'il y a d'officiel, l'y invite. Son appel et celui de tous ceux qui se mobilisent pour une juste cause doivent être entendus.

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