Pierre Vercauteren : "Le Roi est resté dans son rôle"

XAVIER DUCARME

ENTRETIEN

Johan Vande Lanotte (SP.A) a mis en doute ce week-end la neutralité du Roi, estimant qu'en consultant les seuls partenaires de la négociation, il était sorti de son rôle. L'avis de Pierre Vercauteren, politologue aux Fucam.

Alors selon vous, le Roi a-t-il commis un impair ? A-t-il roulé pour l'orange bleue ?

Je ne partage pas cette opinion. Le Roi s'en est tenu au résultat arithmétique des urnes du 10 juin et de ce qui est sorti de la mission de l'informateur. Il ne faut pas oublier que l'objectif du Roi est qu'il y ait un gouvernement aussi tôt que possible. En consultant, pour voir si cette hypothèse a des chances d'aboutir et dans quel délai, le Roi est resté dans son rôle.

N'aurait-il pas dû consulter également les partis socialistes et écologistes ?

Pas dans un premier temps. S'il s'était livré à des consultations plus larges, cela aurait augmenté la nervosité et l'impatience générale. On aurait dit : "Regardez, le Roi consulte tous azimuts. La crise est vraiment profonde". De plus, interroger des parties qui ne sont pas autour de la table ne peut pas aider à comprendre les difficultés qu'il y à l'intérieur du cercle de ceux qui négocient.

Il ne s'agit donc pas d'un coup de pouce au formateur. Le Roi n'a pas joué à l'informateur du formateur ?

Non. Pas plus qu'il n'a joué un rôle de démineur. Albert II a reçu un rapport qui indique que la situation est très difficile. Il tente donc de comprendre ce qui se passe en interrogeant, dans le cadre du colloque singulier, les partenaires invités à la négociation. Le fait d'être simplement à l'écoute, dans le cadre du colloque singulier, cela permet à la personne qui est écoutée de parler de manière beaucoup plus libre que lorsqu'elle se trouve à Val Duchesse où ses propos risquent constamment d'être rapportés. Le colloque singulier exige la confidentialité. C'est un élément important, gage d'une véritable efficacité. Et puis cela calme le jeu.

La fonction royale, particulièrement lorsqu'elle s'exerce dans ces moments de transition gouvernementale, est régulièrement remise en cause. Ne croyez-vous pas que cet épisode va relancer le débat à ce sujet ?

En s'interrogeant comme M. Vande Lanotte l'a fait, il relance effectivement le débat sur la fonction royale. On sait combien, surtout en Flandre, certains aimeraient la voir réduite. Mais je pense qu'il reste bon dans des périodes difficiles comme celle-ci d'avoir une instance d'écoute qui n'ait pas d'intérêt personnel à la réussite ou non de la négociation. Cette fonction a tout son sens.

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