Herman Van Rompuy, I presume...

Intelligent, féroce, cultivé, discret, drôle, négociateur hors pair : pourquoi diable avoir attendu si longtemps ?

V.d.W.

Van Rompuy" : quand il accepte de répondre, au téléphone, toute sa personnalité est là, dans les trois syllabes de son nom, dites, chutotées à la va-vite, comme si tous les micros et les caméras, qu'il fuit toujours, cherchaient à l'espionner.

L'homme est discret. La discrétion est sa maîtresse en politique. Il ne peut travailler qu'à l'abri de tout ce manège médiatique qu'il a toujours observé, non pas avec dédain, mais avec recul. Sa brillante carrière, ce n'est pas aux médias qu'il l'a doit, mais à ses convictions, ses principes, la finesse de son analyse politique, sa mémoire, ses relations et son intelligence. Mais toutes ses qualités, il ne les expose pas, ne les propulse pas à la figure de ses interlocuteurs. Il faut, le découvrir, "Herrrman", l'observer, gagner sa confiance, petit à petit. Cela peut prendre des années. Alors, et alors seulement, Van Rompuy se découvre et se dévoile, au compte-gouttes, avec parcimonie. Sec, triste, distant ? Rien de tout cela. Doté d'un humour décapant, d'un cynisme ravageur, il peut se tordre de rire, souvent il est vrai aux dépens des bêtes curieuses qui peuplent la jungle politique. Ses victimes préférées, c'est souvent dans son parti qu'il les déniche.

Conservateur, catholique et fier de l'être, il rêvait de s'engager en politique à l'âge de 16 ans, convaincu, sans doute par un père brillant qui lui a inculqué le sens de l'Etat. Il cite souvent ses parents, décédés à quelques jours d'intervalle, et notamment sa mère qui disait : "Mon corps est vieux, mais pas mes yeux. Je regarde toujours les choses comme si elles étaient neuves...". Cela lui servira...

Vieux (59 ans), Van Rompuy ne l'est pas, même si, comme il le dit, il fait un peu figure de curiosité. Il est le seul rescapé CVP du gouvernement Dehaene, lorsqu'il siégeait au côté des Smet, Bourgeois, Delcroix, Pinxten, Moreels. Que sont-ils devenus ?

Sa force, on l'a dit, c'est sa compétence. Principal artisan du redressement des Finances publiques belges (début 80, il publiait des notes assassines lorsqu'il était directeur du Centre d'études du CVP-PSC), il fut un très efficace ministre du Budget. Son année de gloire fut sans conteste 88 lorsqu'il devint sénateur en janvier, secrétaire d'Etat aux Finances en mars et président de parti en septembre. Sa force, c'est aussi d'aimer la politique mais de fuir les honneurs. Sa joie, en devenant président de la Chambre en juillet dernier, fut surtout de rappeler à ses côtés son cher Jef, qui fut son chauffeur pendant 11 ans. Et de lire le bonheur sur le visage de son frère, ce diable d'Eric, compagnon de route depuis toujours qui le regardait, ému, devenir le deuxième personnage du Royaume.

Son équilibre, c'est sa famille, sa femme et ses 4 enfants, car pour lui, nul n'est besoin de travailler 16 heures par jour pour être un homme d'Etat. Il aime aussi ne rien faire, lire ou écrire. Boire une "frisse pint". Et voyager, découvrir le monde, explorer.

C'est dans l'art de la négociation qu'il se révèle vraiment. Il a cet atout : il respecte ses adversaires et a l'autorité pour maîtriser ses troupes. Joëlle Milquet ? Il saura la convaincre car, comme Dehaene, il a perçu sa marge de manoeuvre. Du passé ministériel, il a gardé des liens très forts avec Louis Tobback, admirateur comme lui de Camus et avec Elio Di Rupo. Lorsque l'homme, cassé, scandaleusement accusé de pédophilie, est venu témoigner, en kern, de son innocence, Van Rompuy, le conservateur, n'a pas hésité une seconde à lui dire "Je te crois", tandis qu'au PS même certains doutaient...

Enfin, Van Rompuy sera loyal et laissera à Yves Leterme le soin de conclure. La popularité passera avant la compétence...