"Parlons d'abord de ce qui nous unit"

Papa depuis quelques jours d'un petit Basil, Jean-Michel Javaux, secrétaire fédéral Ecolo, n'en suit pas moins la crise politique de très près. Il est paradoxal de voir que le gouvernement fédéral aura pour principale mission de démanteler l'Etat fédéral... Il faut définir des "intouchables" puis dialoguer. L'édito de Michel Konen Les choses sérieuses commencent Des étudiants flamands proclament l'indépendance de la Flandre Notre dossier: Val Duchesse Academy Réagissez sur notre forum Herman Van Rompuy

Francis Van de Woestyne
"Parlons d'abord de ce qui nous unit"
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Entretien

Papa depuis quelques jours d'un petit Basil, Jean-Michel Javaux, secrétaire fédéral Ecolo, n'en suit pas moins la crise politique de très près.

Cette crise vous paraît-elle inédite ?

Ce qui nous frappe, nous écologistes qui avons placé le fédéralisme au coeur de notre projet politique, c'est qu'il n'y a plus vraiment d'arbitre au niveau fédéral. Il est paradoxal de voir des hommes et des femmes travailler à la formation d'un gouvernement qui aura pour principale mission de démanteler l'Etat fédéral. La génération actuelle des hommes politiques est plus confédérale que fédérale d'union.

Elle est celle que les électeurs flamands ont choisie...

Oui, mais je ne considère pas le résultat des élections du 10 juin comme un blanc-seing au séparatisme ni même au confédéralisme. Je pense, comme l'ont dit plusieurs politiques de la KUL, que les Flamands restent majoritairement contre la séparation du pays même s'ils votent pour des partis qui ont cet agenda "caché" au coeur même de leur programme. Il ne faut pas mettre tout le monde dans le même panier.

Que faire, quand les projets politiques au Nord et au Sud semblent si divergents ?

Avec les écologistes flamands de Groen !, nous tentons, avant tout de mettre en avant ce qui nous unit plutôt que ce qui nous divise. Nous partons d'une page blanche, des besoins des Belges et nous essayons de voir et nous formulons des idées qui répondent à ces attentes.

Qu'est ce qui explique le blocage actuel, à votre avis ?

Je trouve que la famille sociale-chrétienne a quand même une responsabilité dans la crise. Quand on constate l'état de délitement du précédent gouvernement en fin de législature, personne ne doutait que le CDH et le CD & V seraient dans le prochain gouvernement. On ne connaissait pas les partenaires mais on sentait que le CDH avait misé sur un autre partenaire - le PS - plutôt que l'actuel : le MR. J'ai le sentiment que CDH et CD & V n'ont pas anticipé ce retour au pouvoir et n'ont en rien préparé les discussions entre eux. Il y a un degré d'irresponsabilité dans leur chef. Ailleurs, dans les autres familles, on tente de préserver un minimum de dialogue et de solidarité : chez les sociaux-chrétiens et les humanistes, non. Evidemment, avec un N-VA dans la nouvelle famille, ce n'est pas simple.

Une solution pour améliorer le dialogue entre le Nord et le Sud ?

Ne faut-il pas associer les citoyens ? Je n'en suis pas à vouloir un referendum - qui n'est d'ailleurs pas inscrit dans la Constitution - ou une grande consultation populaire : on connaît la crainte que nourrissent certains francophones par rapport au poids démographique des Flamands. Je pense plutôt à des forums participatifs ou des rencontres citoyennes. On voit bien sur les forums des journaux, dont le votre, que la soif de participer et de s'exprimer est grande. Les gens ont l'impression que le débat ne sort pas d'un petit vase clos et ne comprennent pas toujours les raisons du blocage. Et l'on entend des réflexions du style : qu'a-t-on besoin d'un gouvernement ? Le Standard est en tête, on ne vit pas si mal... Mais en attendant notre image, notre crédibilité à l'étranger en prend un coup. Bruxelles est la capitale européenne. Les Belges font parfois la leçon au niveau international et se posent en tant que casques bleus pour résoudre des conflits dans le monde. Or ici...

Les citoyens se sont exprimés le 10 juin...

Oui, bien sûr et certains d'ailleurs proposent de retourner aux urnes. Pour Ecolo, ce ne serait peut-être pas une mauvaise chose. Mais j'ai l'impression que certains pensent plus, encore, au score électoral de leur parti en 2009 plutôt que de penser à l'avenir de l'Etat fédéral.

Pendant la campagne électorale, le développement durable semblait être un thème central, inévitable: on n'en parle plus....

Qu'entend-on aujourd'hui? Que les limites budgétaires empêchent de dépenser de l'argent pour anticiper des coûts écologiques auxquels pourtant on devra faire face. Il n'est plus question d'une union nationale pour le climat, d'un plan fédéral pour la construction alors qu'on sait que l'écologie peut contribuer à une relance de l'économie. Or nous avons fait campagne sur ces thèmes et nous avons enregistré la plus forte progression. Pareil pour le CDH. Or, le développement durable n'est pas du tout au coeur des discussions.

A quelles conditions les écologistes apporteront-ils leurs voix à une réforme de l'Etat qui nécessiterait une majorité des deux tiers?

Nous n'allons pas tout soutenir ou ne rien soutenir ou exiger des compensations. Là n'est pas notre état d'esprit ni même notre objectif. Nous répondrons au cas par cas en fonction de ce qu'il y a sur la table à condition que cela améliore le quotidien des gens, voire le fonctionnement de notre pays. Nous nous intéresserons aussi, avant de déterminer notre position, au programme socio-économique du gouvernement. Là, ce que nous avons lu nous inquiète. Mais ce ne sera pas un troc: on ne va pas demander que l'on ne touche pas à la loi sur le nucléaire et en échange apporter nos voix. Ce serait un peu stupide. De toute façon, les écologistes n'apportent pas les deux tiers et nous ne sommes pas désirés par 3 des 4 partis: Madame Milquet nous a sollicités pour avoir un bouclier et pour ne pas endosser, seule, le costume de "Madame Non".

Etes-vous informé de ce qui se passe?

Deux trois fois par semaine, j'ai des contacts avec des négociateurs.

Vous n'avez jamais privilégié la stratégie des fronts. Mais la désunion des francophones ne constitue-t-elle pas une faiblesse?

Moi, la réunion des présidents francophones, je m'attendais à pire. Le climat n'était pas mauvais. Il ne s'agissait pas de négocier des appoints pour les deux tiers, mais de définir le plus petit commun dénominateur, la ligne à ne pas franchir pour les francophones. Cela dit, je ne veux pas entrer dans un non absolu, un front du refus, même s'il faut pouvoir identifier les "intouchables".

Quels sont-ils pour vous?

L'avenir de la Sécurité sociale, les conventions collectives. Je suis très inquiet d'un éventuel différentiel d'impôt entre le Nord et le Sud: pour des Régions comme pour Liège ou le Hainaut, cela pourrait faire des dégâts. A côté de cela, on peut être créatif pour trouver des solutions à la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde. On a beaucoup évoqué un élargissement des limites de Bruxelles. Mais je pense qu'on n'a pas assez mis sur la table la présence des Flamands dans les institutions bruxelloises: ils sont largement surreprésentés.

Si l'orange bleu échoue, vous resterez au balcon?

Je n'ai jamais dit cela. Ecolo est un parti de devoir, pas de pouvoir. Nous sommes inquiets quant à l'avenir du pays parce que nous sommes attachés au fédéralisme d'union. Et je pense qu'il faudrait d'abord commencer par mettre sur la table ce qui rassemble, ce qui unit plutôt que ce qui divise. Je pense à la circonscription électorale unique, par exemple, qui permettrait de faire élire des hommes et des femmes politiques qui auraient une forme de légitimité dans tout le pays, en Flandre, à Bruxelles, en Wallonie. Ce serait peut-être suffisant pour faire vivre une Belgique fédérale modernisée.

Un pronostic?

Un gouvernement orange bleu avec un accord allégé entre les fêtes de Wallonie et la rentrée parlementaire d'octobre. Et puis un dialogue de Communauté à Communauté.