L'extrémisme turc descend dans la rue

C'est sans doute par SMS que des centaines de personnes, résidant à Saint-Josse et Schaerbeek mais pas seulement, se sont décidées à manifester, mercredi vers 17 heures, place Liedts, dans la seconde de ces communes bruxelloises.

Roland Planchar
L'extrémisme turc descend dans la rue
©AP

C'est sans doute par SMS que des centaines de personnes, résidant à Saint-Josse et Schaerbeek mais pas seulement, se sont décidées à manifester, mercredi vers 17 heures, place Liedts, dans la seconde de ces communes bruxelloises. Une manifestation pour laquelle aucune autorisation n'avait été demandée et qui, s'inscrivant très clairement dans le contexte du conflit entre Turquie et Irak à propos du PKK kurde ainsi que dans des relents de rejet à l'égard des Arméniens, aurait certainement dégénéré (alors qu'une autre, réunissant 200 personnes à Anveres, s'est déroulée sans incidents). Et ce d'autant que des "Loups gris", un mouvement actif entre le nationalisme turc et l'extrême droite et qui s'est déjà montré violent à Bruxelles (et ailleurs), étaient sur place.

"Nous avons donc préféré empêcher que cette manifestation se forme", nous expliquait mercredi sur les lieux le commissaire Janssens, chef de la zone de police. Mais les choses ont, malgré tout, dégénéré, a-t-on constaté, surtout à Saint-Josse, aux alentours de la place du même nom.

"Ici, le climat était bon"

En effet, 7 ou 8 plus petits groupes, peut-être de 50 personnes, en grande majorité de jeunes gens (parfois très jeunes, même, puisqu'on a vu un casseur de, peut-être, 11 ans) dont un certain nombre étaient cagoulées et armées de bâtons, ont, si l'on peut dire, commencé à jouer au chat et à la souris avec les 7 pelotons de policiers finalement déployés sur les lieux (soit 210 hommes), accompagnés par deux arroseuses, des chiens et un hélicoptère.

Lesdits groupes, très mobiles, attiraient les policiers dans telle rue, tel carrefour, en menaçant un lieu arménien ou kurde, en incendiant un conteneur, en démolissant une voiture, par exemple, puis refluaient à l'approche des pelotons, parfois sous les jets à haute pression des arroseuses.

Mais avant ce retrait, on a plusieurs fois observé le jet de pierres, un peu maladroit d'ailleurs, vers les policiers, couverts d'insultes au passage. Cela s'est déroulé en particulier et à plusieurs reprises rue Verbist, à 50 mètres du café "Le jardin de Babylone" tenu par M. Petrosian, qui ne cache pas son origine arménienne et dont l'établissement avait été mis à sac, vraisemblablement par les "Loups gris", dans la nuit de dimanche à lundi. Etablissement qui, d'ailleurs, a encore été visé par des pierres, mercredi.

Toutefois, si les matraques - qui font toujours mal, c'est d'accord - ont servi à quelques reprises, ce n'est pas sans une certaine modération, voire de la précaution, avons-nous observé. Comme pour ne pas en rajouter.

Cela s'est par exemple produit à proximité du café "Le Bon Samaritain", alors que ses habitués regardaient les événements qui se déroulaient sous leurs yeux. Un homme fut pris à partie par un autre - et l'on vit un couteau sortir d'une poche. La charge de police qui mit fin à cet incident en particulier fut ainsi très limitée. "Ici, c'est un café multiculturel", disait plus tard un client en déplorant que quelques-uns exacerbent la haine des autres.

Bilan en fin de soirée : aucun blessé grave, mais quelques émeutiers et 10 policiers légèrement atteints; 4 voitures fortement abîmées; des dégradations contre le mobilier urbain; la circulation fortement perturbée. Et plus de 100 arrestations, dont celles de 2 ou 3 auteurs qui avaient tenté de pousser, à l'aide de la leur, des voitures de police banalisées contre la foule !