Plus belge que ça, tu meurs !

Nous voilà plongés dans une situation si typiquement belge qu'elle est inexportable. Après une de ces phases de dramatisation politique dont, seuls, nous avons le secret, voici donc revenu le grand beau temps.

Par Michel Konen

Nous voilà plongés dans une situation si typiquement belge qu'elle est inexportable. Après une de ces phases de dramatisation politique dont, seuls, nous avons le secret, voici donc revenu le grand beau temps.

Rétroactes : jusqu'à mercredi 14 h 30, donc, tout citoyen normalement constitué croyait que la situation était claire.

Pour les francophones, un vote flamand en Commision de l'Intérieur sur la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde conduisait nécessairement au naufrage de l'orange bleue. Pas question de poursuivre avec Yves Leterme comme formateur, ce dernier n'étant pas parvenu à s'imposer comme premier ministrable puisqu'il n'avait pas su trouver le compromis.

Côté flamand, l'affaire paraissait tout aussi limpide : ne pas voter en Commission sur le dossier emblématique de BHV était hors de question dès lors que les francophones avaient refusé, selon eux, l'idée même d'une solution négociée.

Donc, les Flamands votent. On s'attend au pire. L'orange bleue ne peut qu'éclater comme un fruit pourri.

Rebondissement. Contrairement aux prévisions le ton des uns et des autres n'est pas celui que l'on attend. Les Flamands ne font pas dans le triomphalisme, c'est tout juste si les francophones ne sont pas ravis.

Certes, le front des francophones se réunit pour dénoncer le passage en force des Flamands et décider d'actionner au départ de la Communauté française la procédure du conflit d'intérêt, première manoeuvre de retardement du dossier BHV. Mais pas d'ukase de la part du CDH et du MR à l'encontre de Leterme.

Côté flamand, le CD & V/N-VA est atomisé dans la presse néerlandophone. L'argument : en votant, sottement, le dossier BHV est renvoyé aux calendes grecques et les négociateurs flamands se sont privés d'un moyen de pression.

Les francophones, eux, expliquent désormais que ce vote est en fait une bénédiction. Certes, ils attendent un geste des Flamands : une promesse de ne plus recommencer. Mais pour le reste, c'est parfait. Mieux même : c'est quasi-officiel, le débat institutionnel est désormais hors gouvernement. C'est le Roi qui l'a dit. Et le CD & V/N-VA qui voulait que ce dossier reste au gouvernement est lui aussi ravi puisque la Roi permet de prendre en compte ces revendications.

Business is business . Les affaires reprennent. Qui manipule qui ? Le scénario n'a pas été écrit à Hollywood. Les scénaristes sont en grève là-bas. C'est une histoire bien de chez nous.

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