A Linkebeek, au coeur de la tourmente

grégoire comhaire

reportage

Acinquante mètres du panneau Bruxelles-Uccle, la maison communale de Linkebeek. Là où ailleurs ce sont des rivières voire des murs ou des barrières qui marquent les frontières, ici c'est une voie de chemin de fer qui sépare la commune de ces dix-neuf consoeurs de la capitale. Enfin quand on dit consoeur, tout dépend de quel bord on se place... linguistique cette fois ! Commune bruxelloise injustement rattachée à la Flandre pour certains, entité flamande "colonisée" par les francophones, pour d'autres, les avis divergent sur la question. Mais ces différences d'opinions qui dans les médias n'en finissent plus d'alimenter les tensions entre communautés, ne sont pas encore ici parvenues à entacher l'entente cordiale qui continue de régner parmi ses habitants.

Nous sommes donc à cinquante mètres de Uccle et du bilinguisme officialisé, face à cette maison communale où règne un calme qui contraste singulièrement avec la tempête politique qui, au même moment, bat son plein dans les états-majors des partis. Linkebeek, paisible commune aux allures de bourgade de campagne, rattrappée bien malgré elle par une actualité qui n'en finit plus de s'acharner sur elle. Ici, l'écrasante majorité de la population parle le français et l'on ne trouve guère de néerlandophones ailleurs qu'à "De Moelie", le centre culturel flamand, situé à une rue de là. Un lieu de rencontre privilégié pour les "Flamands de souche", où le troisième âge aime se retrouver au sous-sol pour jouer aux boules et passer du bon temps. La bonne humeur est de mise, sauf lorsqu'un journaliste, et francophone de surcroît, s'en vient troubler la bonne entente pour leur demander leur avis sur les évènements dont ils sont le centre. "Vous autres journalistes vous mettez toujours de l'huile sur le feu, nous lâche d'emblée cet homme avant même d'avoir pu procéder aux politesses d'usage. Et vous les francophones vous nous traitez avec condescendance. Vous n'êtes même pas capable de parler néerlandais, nous devons toujours nous adapter à vous, jamais le contraire !" ajoute son épouse.

La vague francophone

Dehors, une dame plus jeune nous répond plus cordialement. "Je suis flamande et je n'ai jamais eu de problèmes avec mes voisins francophones, nous glisse cette habitante, mais je trouve normal qu'on ne nomme pas le bourgmestre. Les francophones ont déjà tout ici, ils pourraient au moins respecter la langue de l'endroit où ils décident de s'installer." Quant aux arguments francophones de rattacher un jour sa commune à la Région bruxelloise, elle les balaie d'un revers de la main. "La vague francophone s'étend. Si on ne dit pas stop, où vont-ils s'arrêter ?"

Retour chez les francophones, dans la librairie de la rue de l'Eglise où défilent de nombreux clients des deux communautés. "Les gens ont toujours vécu en harmonie à Linkebeek, expliquent les propriétaires, mais en tant que francophones ces évènements nous interpellent. Ca devient vraiment inquiétant !" Difficile en effet de regarder l'actualité politique avec indifférence lorsqu'on est géographiquement au coeur de celle-ci. "Le bourgmestre est un ami, notre médecin est échevin. Les enfants sont à l'école ensemble. On ne peut pas passer à côté des évènements."

A Linkebeek-la-tranquille, l'actualité commence ainsi tout doucement à s'inviter dans la vie quotidienne. "On commence à sentir un ras-le-bol général, ajoute ainsi le libraire qui s'inquiète de l'instrumentalisation de la périphérie bruxelloise par les partis flamands. "On sent un nationalisme latent chez les néerlandophones. Il y a de quoi s'inquiéter pour notre avenir."