Au cartel CD & V/N-VA, esprit de famille es-tu là ?

Quelles sont les relations entre les Leterme, Vandeurzen, Van Rompuy, et autre De Wever ? Revue des troupes.

M.Bu.

C' est encore pire qu'avec Ecolo et ses légendaires Assemblées générales" , grince un responsable libéral, " avec le CD&V/N-VA, le moindre point de négociation, la moindre avancée, est soumis à l'approbation de tout le sommet du parti. Il y a autant de lignes de conduite qu'il y a de personnes qui comptent dans le parti ." C'est que le cartel, tiraillé entre jeune et ancienne garde, entre modérés et radicaux, entre CD & V et... CVP (non pas entre CD & V et N-VA), montre, à chaque instant de la négociation, une nervosité extrême. Ainsi le moindre tressaillement politique peut provoquer un séisme et des réactions en chaîne aux conséquences imprévisibles au sein du cartel. La preuve, encore, mercredi, avec la sortie radiophonique d'Armand De Decker qui, dans la matinée à la RTBF, a piqué le cartel. Furie de celui-ci, à tel point que le président du Sénat dû nuancer ses propos un peu plus tard. Pour saisir les subtilités du billard à plusieurs bandes joué par le cartel, un tour d'horizon des principaux responsables et des relations qu'ils entretiennent s'avère utile. Revue des troupes (et des ego).

Il y a le formateur Yves Leterme. Le Yprois n'a que fort peu d'estime pour le président de la Chambre Herman Van Rompuy. Et celui-ci, figure centrale de la vieille garde CVP, le lui rend particulièrement bien. Le formateur Leterme considère Van Rompuy comme un intellectuel déconnecté des réalités de son parti. Il est, en outre, agacé que l'ex-explorateur puisse réussir là où il a échoué - faire avaler des compromis communautaires aux francophones. Van Rompuy, porté aux nues - ce qui le dessert - par Joëlle Milquet, est déclassé au sein de son parti.

Les compères Jo et Bart

A l'origine, Herman Van Rompuy et le président de la N-VA, Bart De Wever, deux intellectuels donc, entretenaient de très bonnes relations. Mais ils n'ont maintenant plus guère de contacts - notamment depuis la colère poussée par le patron de la N-VA contre l'ex-explorateur accusé de trop concéder aux francophones. Bart De Wever, en revanche, a d'excellentes relations avec Jo Vandeurzen, le président du CD & V. Ces deux-là, au fil de la négociation de l'orange bleue, sont même devenus de vrais amis. Jo Vandeurzen, de son côté, est mis sous pression par Yves Leterme qui voit son poste de Premier s'éloigner avec les jours qui passent. Il sait que la suite de sa carrière politique est liée au succès de la mission de formation, et n'hésite pas à le faire remarquer à Jo Vandeurzen. Celui-ci, poussé à la présidence du parti pour succéder à Leterme, ne rêve aujourd'hui que d'une chose : la quitter et devenir ministre. Problème, son suppléant à la Chambre est N-VA. Et donc cela va accroître le poids de la N-VA. Ajoutez au tableau le franc-tireur Pieter De Crem - fameux depuis le vote unilatéral sur la scission BHV. Le CD & V aurait voulu le caser à la présidence de la Chambre, De Crem a esquivé et se profile pour un poste ministériel. Les cadres de son parti veulent surtout éviter qu'il ne s'empare de la présidence du CD & V, ce qu'il avait presque réussi à faire au détriment de Jo Vandeurzen dans le passé. On passe sur le très confédéraliste Kris Peeters - désormais ministre-Président flamand. Ou encore la cassante Inge Vervotte, protégée d'Yves Leterme, et pressentie pour un portefeuille ministériel. Enfin, Bart De Wever, à la N-VA, est lui-même mis sous pression par quelques-uns de ses barons les plus radicaux, comme le ministre flamand Geert Bourgeois. Vous suivez ?