Voulez-vous vraiment rester ?

Chers amis flamands. Oui, amis flamands. Car vous êtes nos amis, nos voisins, vous faites même partie de notre famille, même si au fil des ans, nos habitudes, nos choix, nos manières de vivre se sont peu à peu différenciées. Mais à l'étranger, sur les routes de France, d'Espagne, d'Italie, du Portugal, quand on aperçoit une plaque blanche avec des lettres rouges et un "B" on se dit tiens, en voilà qui viennent de chez nous. Et on est content.

Par Francis Van de Woestyne

Chers amis flamands. Oui, amis flamands. Car vous êtes nos amis, nos voisins, vous faites même partie de notre famille, même si au fil des ans, nos habitudes, nos choix, nos manières de vivre se sont peu à peu différenciées. Mais à l'étranger, sur les routes de France, d'Espagne, d'Italie, du Portugal, quand on aperçoit une plaque blanche avec des lettres rouges et un "B" on se dit tiens, en voilà qui viennent de chez nous. Et on est content.

Chez nous ? Combien de temps encore la Belgique sera-t-elle notre maison commune, celle des Wallons, des Bruxellois, des germanophones (bonne fête...) et des Flamands ? Nous, dans l'aile Sud et dans celle du centre, on est pas trop mal dans cette masure. Il y a quelques lézardes dans les murs, des robinets qui fuient, des tuiles qui manquent sur le toit. Mais elle est plutôt sympa, cette maison Belgique; un rien déjantée et accueillante, même si, au fil du temps, on a décidé de faire chambre à part, de séparer les comptes, d'élever des murs et des tentures qui nous cachent.

Si vous ne voulez plus vivre avec nous, dites-le. Simplement. Ne faites pas semblant de vouloir rester "pour les enfants" ou parce que, si vous décidiez de partir, les voisins se moqueraient un peu de votre décision égoïste. Ne soyez pas hypocrites : dire que vous voulez rester et, en même temps, nous rendre la vie impossible, nous brimer, nous blâmer, nous humilier, cela n'est plus possible. Plus possible.

Vous voulez rénover, changer, moderniser ? Pourquoi pas. Bon, c'est vrai que vous l'avez déjà fait il y a peu de temps. On a cru que cela s'arrêterait là, car à chaque fois, vous y gagnez un peu. Et là, vous voulez à nouveau nous forcer, arranger tout à votre manière parce que vous l'avez promis et parce que, il y a très longtemps, c'est nous qui prenions un peu trop de place. Ne peut-on en parler, calmement ? Ne peut-on décider cela ensemble ? Et pourquoi vouloir nous imposer votre architecte qui n'a jamais fait ses preuves, lui qui se cache, là, dans le bureau parce que nous avons refusé ses premiers plans biscornus ?

Si on refuse, vous menacez de partir, de couper les vivres : vous dites qu'on vit à vos dépens; vous exagérez, comme toujours. Mais vous savez, un jour, on risque bien de vous dire : partez, nous, on gardera la maison.

Ce n'est pas ce que nous voulons. On devrait encore avoir plein de belles années ensemble. Nos enfants aussi et les enfants de nos enfants de nos enfants aussi. Mais voulez-vous vraiment rester, chers amis flamands ?