Des centrales biomasse en Wallonie ?

Entrepreneur à succès, le patron du groupe EVS, Laurent Minguet, est un homme qui a de la suite dans les idées. Sensible aux problématiques environnementales, l'homme martèle son credo avec conviction : le futur doit se construire sur le développement des énergies renouvelables et, singulièrement, sur l'exploitation de la biomasse.

G.T.
Des centrales biomasse en Wallonie ?
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Entrepreneur à succès, le patron du groupe EVS, Laurent Minguet, est un homme qui a de la suite dans les idées. Sensible aux problématiques environnementales, l'homme martèle son credo avec conviction : le futur doit se construire sur le développement des énergies renouvelables et, singulièrement, sur l'exploitation de la biomasse.

Un réseau prometteur

Ingénieur de formation, il analyse la situation avec pragmatisme, chiffres à l'appui. A ses yeux, le développement de cultures de bois-énergie dédiées à l'approvisionnement de centrales de cogénération ouvre énormément de perspectives et repose sur des technologies matures, ce qui n'est pas encore le cas de toutes les filières renouvelables (solaire,...).

Cette option est, en outre, économiquement compétitive, estime-t-il, bien plus, par exemple, que l'exploitation des terres arables pour la production de biocarburants.

Son projet ? Développer en Belgique un réseau de centrales biomasse de puissance moyenne qui prendraient pied dans toutes les communes suffisamment denses. Celles-ci produiraient de l'électricité, tandis que leur chaleur résiduelle serait exploitée pour alimenter des réseaux de chauffage urbain auxquels seraient raccordées les habitations.

"En Belgique, on peut utiliser une partie de la biomasse qui est actuellement inexploitée, mais il n'y a pas suffisamment de surfaces cultivables pour à la fois nourrir la population et assurer son approvisionnement en énergie de manière durable, explique-t-il . Il faut donc développer des plantations de bois-énergie dans les pays tropicaux humides où les rendements sont nettement supérieurs. Qui plus est, les cultures de bois-énergie n'empiètent pas sur les bonnes terres agricoles, elles contribuent au contraire à la régénération des sols dégradés. En créant de nouveaux débouchés pour les populations locales, elles favoriseront également le développement de ces pays. La Belgique n'a pas de cacao, mais produit les meilleurs chocolats du monde. Il faut échanger équitablement ce que chacun fait le mieux."

De la Casamance à la Wallonie

Convaincu de la pertinence de son raisonnement, Laurent Minguet entend à présent en apporter la démonstration par la réalisation de projets pilotes.

En Casamance (Sénégal), il a ainsi planté 200 ha d'arbres à croissance rapide (une variété d'eucalyptus). Une plantation qui va être portée à 1 000 ha dans les prochains mois et qui doit servir à alimenter une centrale électrique qui serait construite sur place.

Celle-ci pourrait être opérationnelle dans 3 ou 4 ans. "Cette petite unité d'une puissance de 3 MW doit permettre de produire 1 pc de l'électricité consommée dans le pays. L'idée est de démontrer qui si le Sénégal consacre 100 000 ha de superficie à ce type de cultures, ce qui représente à peine un demi pour cent de son territoire, il peut produire toute son électricité et s'affranchir de sa dépendance au pétrole."

Parallèlement, il a également lancé une série de pré-études de faisabilité et pris contact avec plusieurs communes wallonnes dont Amay et Visé - les deux dossiers les plus avancés. L'idée est donc d'y construire une unité de cogénération au bois servant à produire de l'électricité réinjectée sur le réseau.

La chaleur résultant de ce processus de production est pour sa part récupérée et utilisée pour chauffer de l'eau qui, via un réseau de canalisations souterraines, servira à satisfaire les besoins en chauffage et en eau chaude des habitations de la localité (2 700 ménages à Visé et 2 500 ménages à Amay).

" Nous prendrons à notre charge le raccordement des maisons et l'installation de l'échangeur qui permet le transfert vers le circuit de radiateurs des habitations. A 4,5 cents le kWh thermique hors TVA, ce système coûtera moins cher au particulier que de se chauffer au mazout ou au gaz ", argumente notre interlocuteur.

Sur le plan environnemental, il est généralement admis que le bilan des biocombustibles est neutre puisque les arbres qui servent à les produire absorbent une n quantité équivalente de CO2 lors de leur croissance. Pour ce qui est de la pollution de l'air par les résidus de combustion, le bilan est également meilleur que celui de toutes les chaudières individuelles cumulées.

Dans un premier temps, la biomasse locale suffirait à alimenter les unités de Visé et d'Amay, de même que l'utilisation de déchets de bois impurs si la législation belge venait à l'autoriser. Par la suite, les centrales pourraient être approvisionnées par du bois-énergie produit au Sénégal. Situé en bord de Meuse, le site situé à Amay pourrait ainsi être alimenté par bateau.

La présence d'une conduite de gaz à proximité lui permettrait, en outre, de disposer d'un système de "back-up" en cas de souci d'approvisionnement.

"Une fois réalisées, les infrastructures des réseaux de chaleur pourraient être cédées aux pouvoirs publics à qui il reviendrait de les gérer. Et rien n'empêche plusieurs producteurs d'énergie d'être raccordés sur un même réseau de chaleur" , conclut Laurent Minguet qui s'apprête à affiner le business-plan de ces projets afin de séduire des investisseurs susceptibles de l'accompagner dans cette nouvelle aventure.