Thomas, déposé dans la boîte à bébés

Un choc. À Borgerhout, où l'association flamande "Moeders voor moeders" a ouvert, en septembre 2000, la première et unique "boîte à bébé" du pays, ce fut le choc, samedi. " Nous nous y étions préparés depuis sept ans, mais c'est le premier bébé qui a été déposé dans la boîte", nous explique Katrin Beyer, de cette ASBL qui fournit de l'aide matérielle aux familles démunies.

Thomas, déposé dans la boîte à bébés
©BELGA
Laurence Dardenne

Un choc. À Borgerhout, où l'association flamande "Moeders voor moeders" a ouvert, en septembre 2000, la première et unique "boîte à bébé" du pays, ce fut le choc, samedi. "Nous nous y étions préparés depuis sept ans, mais c'est le premier bébé qui a été déposé dans la boîte", nous explique Katrin Beyer, de cette ASBL qui fournit de l'aide matérielle aux familles démunies.

Dès que la boîte est ouverte, le système d'alarme sonne chez la concierge. Et si celle-ci est absente, une cascade téléphonique se met en marche, pour avertir quatre personnes endéans la demi-heure que la boîte a été ouverte. L'une d'elles doit alors se rendre sur place pour voir si un bébé a effectivement été déposé.

En sept ans, il y a eu quelques fausses alertes, mais samedi, aux alentours de 11h45, l'alarme n'avait pas sonné pour rien. C'est une personne de l'association qui a découvert le nouveau-né, un petit garçon âgé de cinq ou six jours, une tétine en bouche. Mais pas le moindre petit mot pour l'accompagner...

Deux médecins sont alors arrivés sur les lieux. "Ils ont trouvé un bébé en bonne santé, bien nourri, bien soigné, bien habillé, nous confie encore Katrin Beyer, il avait encore le bout de son cordon ombilical. Nous l'avons appelé Thomas De Kleine, du même nom de famille qu'une petite Emma, abandonnée à Merksem il y a deux ans. Tout bébé trouvé à Anvers sera en effet baptisé De Kleine avant de recevoir le nom de sa famille adoptive."

On contacta ensuite la Police et le Parquet, ainsi que la présidente du CPAS, Monica De Coninck. Appelée à devenir tutrice de chaque enfant trouvé à Anvers, celle-ci a accepté de confier le bébé à la directrice de l'association pendant le week-end. Lundi, Thomas a été remis au foyer pour enfants, "Good Engels", à Anvers, où il restera probablement un mois. Pendant ce temps-là, tout en essayant de retrouver la maman, on cherchera une famille d'accueil qui pourrait à terme adopter le petit, si la maman ne s'est pas manifestée.

"Nous avons toujours eu d'énormes difficultés à faire connaître notre boîte a bébé, nous explique encore Katrin Beyer, qui éprouve un "sentiment double", partagé que l'on est à l'association entre "la tristesse face à la détresse d'une maman qui n'a pas trouvé d'autre solution que de laisser son nouveau-né dans cette boîte à bébé et la satisfaction de voir que celle-ci a servi à quelque chose".

L'exemple des pays voisins

C'est après avoir lu un article sur l'ouverture d'une boîte à bébé à Hambourg, que l'association a voulu reproduire cet exemple à Borgerhout. "Cela a été très difficile, presque interdit, se souvient notre interlocutrice, les politiques se sentaient agressés. On nous disait que cette solution était médiévale et que l'on n'avait pas besoin de ce type de système au XXIe siècle. Nous pensions que, pour des mamans qui avaient dû se taire pendant neuf mois, c'était peut-être l'ultime solution. Le fait que, pour la première fois, un bébé y a été déposé constitue pour nous la preuve que, pour une personne au moins, elle avait son utilité".

Et depuis samedi, plus encore qu'auparavant, l'association est convaincue que d'autres boîtes de ce type devraient voir le jour dans le pays. "Nous invitons tous ceux qui le désirent à venir nous rendre visite et à nous copier", lance encore cette collaboratrice de l'association. Persuadée que des boîtes à bébés devraient s'ouvrir "un peu partout" en Belgique, comme s'est le cas dans certains pays voisins. En Italie, notamment, ou encore en Allemagne où les 83 boîtes ont déjà recueilli quelque 300 nourrissons.

Interrogé à ce sujet, le cabinet de la ministre à l'Enfance en Communauté française, Catherine Fonck, nous a répondu que cette solution constituait un "constat d'échec", préférant encourager les consultations prénatales de l'ONE.

Pourtant, il y a deux semaines encore, un bébé a été retrouvé sur la plage d'Ostende. Mort.