Du fossé à l'abîme

On attendait un grand capitaine, on a eu droit à un tout petit marin sachant à peine louvoyer. Yves Leterme ne sort pas par la grande porte. En une manoeuvre désespérée, il a tenté de faire porter par d'autres - par Joëlle Milquet, en particulier - la responsabilité de son échec. S'il en est un qui n'a pas eu de rendez-vous avec l'Histoire, c'est bien lui !

On attendait un grand capitaine, on a eu droit à un tout petit marin sachant à peine louvoyer. Yves Leterme ne sort pas par la grande porte. En une manoeuvre désespérée, il a tenté de faire porter par d'autres - par Joëlle Milquet, en particulier - la responsabilité de son échec. S'il en est un qui n'a pas eu de rendez-vous avec l'Histoire, c'est bien lui !

C'est une victoire à la Pyrrhus que Monsieur 800 000 voix a obtenue le 10 juin dernier. Trop chèrement payée ! Il a porté sur les fonts baptismaux le cartel CD & V/N-VA. On le croyait patron de cette alliance. Erreur. Le vainqueur, c'est le petit parti nationaliste flamand. Il a tout gagné. Le boss du cartel, c'est Bart De Wever. Sans lui, Leterme n'est rien. Et sans la N-VA, le CD & V n'est plus qu'un parti comme les autres : parfaitement contournable. Leterme le sait, De Wever aussi. Raison pour laquelle il peut jouer, à l'envi, à l'irréductible Ménapien : il veut tout. Et tout de suite ! Il sait que le cartel, pour être mathématiquement indispensable, a besoin de lui. Pour lui, c'est maintenant ou jamais : les chrétiens démocrates flamands n'ont pas le choix. Ils doivent suivre ou mourir. De Wever est d'autant plus à l'aise qu'il sait que la défunte Volksunie a essaimé dans l'ensemble des partis démocratiques flamands, y compris Groen!, et qu'il trouvera là, en toutes circonstances, des alliés objectifs pour réaliser ses ambitions séparatistes.

Laissons à Leterme le bénéfice de ses déclarations quand il dit qu'il ne veut pas la mort de la Belgique (même si ses prises de position préélectorales - "La Belgique n'est pas une valeur ajoutée" - permettent d'en douter). Désormais elles importent peu. En six mois, le fossé entre les communautés s'est creusé de manière irrémédiable : aujourd'hui, c'est un abîme qui les sépare. De Wever, puisqu'il apparaît désormais clairement qu'il est l'homme qui était à la manoeuvre, a bien travaillé en vue d'atteindre son but.

Qui sera à la barre demain et pour faire quoi ?

Qui : l'orange bleue n'est peut-être pas encore blette. Mais de quel crédit dispose-t-elle encore ? Un gouvernement d'union nationale ou une prolongation de l'équipe, aménagée, du gouvernement Verhofstadt ? Pourquoi pas ?

Pour quoi faire ? Répondre aux besoins socio-économiques pressants des citoyens et des entreprises. Négocier au sein d'une large convention un avenir institutionnel tout neuf pour la Belgique. Et pour cette négociation-là, les francophones ne sont pas encore prêts. Hélas !


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