Il n'y a pas de médicaments "immoraux"

Paul Vannes, pharmacien à Ruisbroek, refuse au nom de ses convictions catholiques de délivrer ce qu'il appelle des "médicaments immoraux". A savoir des moyens contraceptifs, les produits utilisés pour pratiquer l'euthanasie ou encore la pilule du lendemain. Non seulement, il l'affiche sur son comptoir, mais s'en est ouvert récemment à divers médias.

Christian Laporte

Paul Vannes, pharmacien à Ruisbroek, refuse au nom de ses convictions catholiques de délivrer ce qu'il appelle des "médicaments immoraux". A savoir des moyens contraceptifs, les produits utilisés pour pratiquer l'euthanasie ou encore la pilule du lendemain. Non seulement, il l'affiche sur son comptoir, mais s'en est ouvert récemment à divers médias. Et il l'affirme avec d'autant plus de conviction qu'il dit rejoindre une prise de position de Benoît XVI à l'occasion d'un congrès international de pharmaciens catholiques.

Ces sorties médiatiques récurrentes ont amené le Conseil central laïque de Belgique (CCL), à savoir la coupole commune au Centre d'action laïque et à l'Unie der vrijzinnige verenigingen à interpeller Willy Baeyens et Jacques Hanot qui co-dirigent le Conseil national de l'Ordre des pharmaciens. Pour le co-président du CCL, Pierre Galand, "le pharmacien peut faire valoir la clause de conscience, mais sans causer de préjudice aux droits du patient, à la continuité des soins et à l'exécution de la prescription. Et le droit à l'objection de conscience ne peut mettre en péril d'autres droits fondamentaux".

Dans ce cas-ci, il semble que le pharmacien réfractaire ne renvoie pas ses clients vers d'autres officines. "C'est évidemment un minimum", commente Pierre Galand. "D'où notre demande de clarification..."

La réponse de l'Ordre vient de parvenir au Conseil central laïque : si les pharmaciens peuvent, évidemment, invoquer la clause de conscience "leurs droits et libertés s'arrêtent là où commencent le droit du patient à ses propres convictions et la nécessité d'une disponibilité continue des médicaments et des soins pharmaceutiques".

Pour l'Ordre des Pharmaciens, il s'impose d'assurer la continuité des soins lors d'un service de garde. En clair, le pharmacien réfractaire devrait délivrer le médicament qui blesse sa conscience. Mieux, l'Ordre renvoie à une décision de la Cour européenne de justice qui porte qu'on ne peut pas invoquer le droit aux convictions personnelles pour se soustraire à une obligation inhérente à sa profession, d'autant plus que l'on a choisi cette dernière librement...

Pour Pierre Galand, la réaffirmation de la neutralité du service public médical tombe à pic. Car l'époque fourmille d'égarements en la matière... Par exemple lorsque des fidèles musulmans refusent que leur épouse soit soignée par un médecin...