L'aventure va commencer

La Belgique a amorcé son atterrissage. Après avoir vécu, pendant plus de six mois en apesanteur, suspendue aux humeurs des hommes et femmes politiques chargés de négocier un accord gouvernemental, la Belgique va retrouver une petite vie pépère. Elle ne fera plus les Unes de la presse étrangère, ne fera plus l'ouverture des journaux télévisés de France 2 et de TF1... jusqu'à la prochaine crise, évidemment. Edito: Les choses sérieuses vont commencerL'édito du Standaard traduit La réaction de Jean-Michel Javaux L'analyse de François Gemenne, politologue à l'ULG La réaction de Didier Reynders 1 La réaction de Didier Reynders 2 La réaction de Didier Reynders 3

V.d.W.
L'aventure va commencer
©BELGA

La Belgique a amorcé son atterrissage. Après avoir vécu, pendant plus de six mois en apesanteur, suspendue aux humeurs des hommes et femmes politiques chargés de négocier un accord gouvernemental, la Belgique va retrouver une petite vie pépère. Elle ne fera plus les Unes de la presse étrangère, ne fera plus l'ouverture des journaux télévisés de France 2 et de TF1... jusqu'à la prochaine crise, évidemment.

Car si le compteur devrait s'arrêter vendredi, au 194e jour de crise, le jour de la prestation de serment du gouvernement Verhofstadt III, il est probable que l'équipe qui se mettra en branle ressemblera plus au radeau de la méduse qu'à un fier et invincible quatre mâts. L'aventure sera au rendez-vous.

Déblocage nocturne

Les choses se sont donc débloquées dans la nuit de mardi à mercredi, peu après 1 heure du matin, lorsque le CDH, porté par le PS et le CD & V, a finalement accepté la proposition du formateur, Guy Verhofstadt, d'être le 5e partenaire à part entière du gouvernement intérimaire avec un "vrai" ministre, celui de l'Emploi et du Travail, un portefeuille initialement promis à Inge Vervotte (CD & V), ancienne ministre du gouvernement flamand et ancienne syndicaliste de choc de la Sabena. L'attribution de ce portefeuille à Josly Piette, ancien secrétaire général de la CSC, semble avoir ravi la terre entière, sauf au CDH, où certaines dents grincent en silence.

La crise politique belge est donc finie. Il y a bien un accord entre les 5 partis (MR, PS, CDH, CD & V et Open VLD). La prestation de serment entre les mains du Roi de la nouvelle équipe aura lieu vendredi matin (après les congrès de participation qui auront lieu jeudi soir). Guy Verhofstadt présentera sa déclaration gouvernementale l'après-midi. Le vote à la Chambre et prévu 48 heures plus tard, dimanche après-midi.

Mais que va faire ce gouvernement. Avec qui ? Et pendant combien de temps ? Tentons de répondre à ces questions de base.

1 Pour faire quoi ? Alors que, pendant cinq mois, les négociateurs de l'orange bleue se sont cassé la tête pour tenter de définir le contenu d'un programme gouvernemental (Yves Leterme avait rédigé une bible de 180 pages !) la feuille de route de Verhofstadt III tiendra sur cinq pages maximum. Vu l'urgence, la déclaration que Guy Verhofstadt lira au Parlement vendredi après-midi ne devrait durer que quelques minutes.

Le programme d'urgence du gouvernement intérimaire concernera les points suivants :

- le budget 2008 (qui devrait être à l'équilibre, mais pourrait contenir des mesures "one shot");

- le soutien au pouvoir d'achat (contrôle des prix de l'énergie, fonds mazout, liaison des allocations au bien-être, etc.);

- la modernisation de l'économie (réduction de charges sur travail);

- la promotion de la Belgique à l'étranger;

- les soins de santé;

- l'énergie et Kyoto;

- la politique aéroportuaire

- la rénovation des infrastructures pénitentiaires (mise en route d'un PPP, les partenariats public-privé);

- le Kosovo et les troupes belges au Liban.

2 Avec qui ? L'attelage qui se met en place est donc tout à fait original et inédit. La Belgique a déjà connu des gouvernements asymétriques (avec la présence de la Volksunie, côté flamand, par exemple). Mais jamais une famille politique traditionnelle n'a été scindée. Ce sera le cas des socialistes : le PS n'a pas réussi à convaincre le SP.A de le rejoindre sur les bancs gouvernementaux. Motif ? Les socialistes flamands (qui changeront peut-être d'avis dans trois mois) affirment qu'ils voulaient un vrai gouvernement de gauche... En fait, le refus du SP.A s'explique aussi, surtout, par la lourde défaite que le parti a subie et par les nombreuses plaies que les socialistes flamands doivent panser. Même après l'élection de Caroline Gennez à la présidence, le parti conserve un grand problème de leadership.

Oui mais ce gouvernement, sera-t-il de gauche ou de droite ? Là, on serait tenté de dire : attendons et on verra bien. Car il n'est pas évident de deviner les alliances qui pourront naître, au fil des négociations.

Deux thèses, déjà, s'affrontent. Pour les libéraux, c'est simple. La première famille politique du pays est libérale. Cela s'est traduit dans la répartition des portefeuilles dans le gouvernement : MR et VLD trustent six ministres, dont le Premier ministre et un des deux vice-Premiers ministres. De plus, le MR dispose d'une présidence d'assemblée (qui vaut un ministre) en la personne d'Armand De decker au Sénat et d'un commissaire européen à la Coopération au développement (qui vaut un ministre aussi). De plus Didier Reynders aura une vue panoramique sur plusieurs départements et sera chargé de préparer le programme socio-économique du prochain gouvernement.

De gauche ou de droite

Sera-t-il de gauche ou de droite ce gouvernement ? Les socialistes annoncent qu'ils ne viennent pas pour faire de la figuration. Pas question, pour eux, de repartir des accords "orange bleu" négociés au cours des mois précédents. Par les départements qu'ils ont choisis (Affaires sociales, Pensions...) les socialistes veulent donner une véritable empreinte sociale à l'équipe. Face au bloc libéral, les gens du centre et de gauche l'affirment : PS-CDH et CD & V, cela fait 60 sièges à la Chambre, contre 41 pour les libéraux. La force de frappe sera là, affirment les tenants de la ligne centre gauche. Bref, quelques beaux débats en perspective...

3 Pour combien de temps ? Officiellement, Verhofstadt III sera un gouvernement intérimaire. Le Premier ministre l'a lui-même annoncé : "Numero Uno" cédera le flambeau à "Mister 800 000 voix" le 23 mars 2008. Ce gouvernement est donc mortel : il mourra, non par accident mais par euthanasie.

A moins que... A moins que quoi ? A moins que la discussion sur la réforme de l'Etat, dont sera chargé Yves Leterme, ne soit toujours dans les choux et que collectivement, les ministres ne décident de poursuivre la route en l'état jusqu'en juin 2009, date des futures élections régionales et sans doute aussi fédérales.